Il y a 45 ans, « Dark Side of the Moon » éclipsait la planète rock

C’est l’histoire d’un disque qui allait se vendre à 40 millions d’exemplaires et permettre à Pink Floyd de passer à la postérité. 45 ans plus tard, la magie reste intacte.

Premier battement de cœur. Qui s’en souvient ? Le 1er mars 1973, presque quatre ans après le premier atterrissage d’un homme sur la lune, sortait le huitième album d’un groupe anglais nommé Pink Floyd. Un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour les rockeurs ? Affirmatif. L’album qui a failli s’appeler « Eclipse » s’apprête à durablement changer la face de la musique, et pas seulement pour sa pochette en prisme minimaliste, mais pour l’esprit de liberté artistique qui s’en dégage, rarement entendu depuis.

Pourtant, Gilmour, Waters et leurs copains, au début des sessions de 1971, sont un peu paumés. L’ombre du fondateur fou, Syd Barrett, plane encore sur le groupe. Il a beau avoir quitté le groupe (et s’être fait virer, surtout) en 1968, celui qui vit alors dans un hôpital psychiatrique de Cambridge influencera sans le savoir l’album en gestation (le titre Brain Damage et ses paroles seront l’un des plus beaux hommages du groupe à Barrett : « Et si le groupe dans lequel tu joues commence à enquiller les tubes / Je te verrai du côté obscur de la lune »). Nait alors l’idée d’un concept album sur la folie ordinaire, dans lequel les membres s’exprimeraient plus directement qu’à l’accoutumée sur des thèmes sociétaux. Mixé en juin 1972 et janvier 1973, « Dark Side » pointe lentement son nez. D’abord en concerts, où le groupe rode ses effets, jusqu’à l’explosion programmée d’un disque qui sonnera comme une fusée. En ouverture, le battement de cœur de Speak to me reste l’une des plus belles ouvertures jamais écrites.

« Sur « Dark Side », il y avait vraiment le sentiment que les mots allaient être très clairs et précis. C’était un bond en avant pour nous : les choses signifieraient précisément ce que nous pensions. » (David Gilmour à Rolling Stone)

Contre l’argent, mais hyper rentable. « Dark Side », on le sait, restera longtemps le disque préféré des démonstrateurs de matériel hi-fi. L’anecdote est certes drôle, mais elle dit peu de la déflagration provoquée par le disque en 1973. Complètement déstructuré, spatial, à la limite du free jazz (la petite passion du batteur Nick Mason), il deviendra aussi rapidement un emblème pour la génération post hippie grâce au titre Money, de loin le plus célèbre de tous les morceaux de Floyd.

Le son du tiroir caisse et le bruit des pièces viennent non seulement rappeler le mépris de Roger Waters pour le capitalisme, mais ça n’empêchera pas le groupe de rester 933 semaines d’affilée (de 1973 à 1988) dans le top 200 des charts américains, soit l’une des durées de vie les plus longues pour un album. Outre le fait que le succès du disque permettra au groupe de financer les films loufoques de leurs potes des Monty Python, il a également permis au groupe de s’affranchir de tous les codes, sans jamais devenir pesant comme nombre des groupes concurrents – si tant est qu’aucun groupe de rock puisse concurrencer Pink Floyd.

Vers un mythe pop. L’alliance du contenant (des chansons démentielles dont l’incroyable et inusable solo de Money) au contenu (une pochette désignée par le collectif anglais Hipgnosis) est l’un des nombreux secrets de ce disque à double fond. Vous en voulez d’autres ? Paul McCartney a été interviewé à Abbey Road, où le disque a été enregistré, en vue d’une apparition audio ; il sera coupé au montage parce qu’il faisait trop le malin dixit Waters. Le rire maniaque qu’on entend sur l’intro de Breathe est l’œuvre du road manager du groupe, Peter Watts, dont la fille n’est autre que l’actrice Naomi Watts, égérie de David Lynch. Quant aux hommages à « Dark Side of the Moon », on ne les compte plus tant le disque a influencé musiciens, artistes et monde de la pop culture. Sans lui, pas de « OK Computer » de Radiohead, ni de « Mellon Collie and the Infinite Sadness » des Smashing Pumpkins, et certainement aucun disque des Flaming Lips (qui iront jusqu’à enregistrer le disque hommage « Flaming Side Of The Moon »).

Même 45 ans après, la trainée de cette comète est tellement puissante que le disque, qui n’a pas pris une ride, continue de faire des petits : il existe notamment une version interprétée par un quatuor à cordes (The String Quartet), une autre par des musiciens de reggae (Easy Star All-Stars), ainsi qu’une version de l’album, a capella, par Vocomotion.

Que dire après ça, et comment conclure ? Peut-être en précisant que le titre Time restera comme le dernier morceau signé des quatre membres (Gilmour, Waters, Mason et Richard Wright). Après ça, le déluge (« The Wall ») et une série d’engueulades qui fragmenteront à jamais le groupe le plus lunaire de sa génération.

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