The Toxic Avenger et Run nous parlent de la B.O. de « Mutafukaz »

Figure respectée des musiques électroniques françaises, The Toxic Avenger est à l'origine de la bande-son de « Mutafukaz », film d'animation avec Orelsan et Gringe. Le temps d'une interview, Jack a donc réuni le producteur français et le réalisateur du long métrage, Guillaume "Run" Renard.

L’idée de travailler ensemble, elle est née comment ?

Run : L’idée, c’était de diviser la bande-son en deux afin de coller aux différentes ambiances de Mutafukaz. D’un côté, un son inspiré par la science-fiction des années 1950, avec des orchestrations à la Bernard Herrmann ; de l’autre, un son plus moderne et urbain. Pour cette partie, j’ai donc pensé à Simon, dans le sens où j’ai toujours eu l’impression qu’il avait une approche très cinématographique de la musique. Un de mes potes le connaissait. Je lui ai demandé son contact, lui ai envoyé un mail et tout s’est fait naturellement par la suite.

J’imagine qu’il y a eu quelques moments de doutes ou de remises en cause, non ?

Simon : Disons que c’est toujours difficile de faire rencontrer les musiques électroniques et la musique de films noirs des années 1950. D’autant que, pour le coup, je n’ai pas réalisé l’ensemble de la B.O. aux côtés de Guillaume Houzé, l’autre compositeur. On aurait aimé que ce soit le cas, mais le temps a joué contre nous. Là, on a plutôt deux bandes-son distinctes qui, par un heureux hasard, cohabitent assez bien ensemble.

R : Le plus dur, ça été de refuser certaines propositions de Simon. Elles étaient toujours très bonnes, elles collaient aux images, mais il faut parfois se détacher de cet enthousiasme et prendre un peu de recul pour comprendre que la musique, aussi excellente soit-elle, ne colle pas forcément avec le propos de telle ou telle scène.

Ça n’a pas été trop long de mettre en place tout ce projet ?

S : Ne serait-ce que pour se renifler un peu, il a fallu quelques mois d’adaptation. Avec Guillaume et Run, on n’a pas la même vision à la base, donc il a fallu réussir à se faire comprendre. Guillaume, par exemple, a un vocabulaire musical qui n’est pas tout à fait le mien. Lui a une formation classique et il a fallu gérer ces différences.

R : Bizarrement, j’aurais répondu l’inverse. Étant donné que je bosse sur ce film depuis huit ans, la conception de la B.O. m’a paru extrêmement rapide.

S : Oui, huit mois, ce n’est pas si long que ça, mais normalement la musique de film se produit beaucoup plus rapidement.

Run, ça ne ne te faisait pas peur de confier les clés de ta B.O. à un musicien qui n’avait jamais réalisé cet exercice ?

R : Pas du tout ! Le seul truc que je n’avais pas anticipé, c’est que ce que mes suggestions pouvaient ne pas l’intéresser. Par exemple, lorsque je lui demandais de reproduire un son qu’il avait réalisé il y a cinq ou dix ans, ça l’emmerdait grave. Ce que je peux comprendre avec le recul : moi, si on me demandait de refaire un type de dessin déjà réalisé il y a quelques années, ça me ferait chier.

Vous aviez en tête des dessins animés avec des B.O. marquantes au moment de vous lancer dans l’enregistrement ?

S : Il y a bien Fantasia, mais ça n’a rien à voir avec la musique électronique.

R : Moi, je n’en avais pas et je voulais surtout que la B.O. soit à l’image du film : qu’elle propose quelque chose de différent.

S : De toute façon, je n’aime pas les bandes-son réalisées après la fin des années 1980. Tout simplement parce que j’ai du mal à me reconnaître en elles, elles me paraissent moins fun. Donc non, je n’avais pas vraiment de référence en tête. Pour être honnête, j’avais même des anti-références : genre éviter de reproduire la bande-son d’un film tel que Mortal Kombat. Pour le coup, ce sont des musiques électroniques, mais je n’avais pas vraiment envie de m’inspirer de ça (rires).

Tu ne penses pas que si les B.O. actuelles t’intéressent moins, c’est parce qu’elles bénéficient généralement de moins de budget ?

S : Non parce que celles de Hans Zimmer sont très orchestrées et ne me touchent pas parce que, justement, elles sonnent trop grandiloquentes, trop grandioses. Et puis il faut rappeler que les bandes originales de Vladimir Cosma étaient réalisées avec des synthés et des moogs. Il n’y avait pas d’instruments à cordes, donc elles ne coutaient pas grand-chose. Pareil pour certaines de Françoix De Roubaix.

Mutafukaz vient de recevoir le prix Gérardmer de la "Meilleure bande originale". Ça vous fait quoi ?

S : Ça prouve que Run a eu raison et l’intelligence de ne pas aller trop frontalement vers le hip-hop. Ce qui aurait été trop convenu sachant qu’Orelsan et Gringe doublent les voix des personnages.

R : Quand Orelsan est venu enregistrer, il m’avait d’ailleurs proposé Skread pour la musique. J’aimais l’idée, mais ça faisait trop attendu. En plus, j’avais déjà en tête Toxic.

S : Pour ma part, n’ayant pas eu le bac, chaque récompense de ce genre me fait forcément plaisir. Je me dis : "Tiens, tu as eu raison de suivre cette voie !"

R : C’est clair que c’est une superbe reconnaissance pour ce film pour lequel j’ai dû batailler pendant plusieurs années. En vrai, on ne pouvait pas rêver mieux que de recevoir le prix du jury jeune et celui de la meilleure B.O. Ce sont ceux qu’il nous fallait.

Au fond, est-ce qu’on ne peut pas dire que Mutafukaz est un film de potes ?

R : Tout le monde était pote avec tout le monde, sauf moi (rires) ! Je les ai réunis dans un souci de cohérence sans savoir qu’ils se connaissaient et qu’ils étaient potes. De toute façon, on s’adresse à des gens pour qui nos choix paraissent naturels. Je suis sûr que certains se demandent pourquoi on n’a pas travaillé ensemble avant.

S : Ça a été une très bonne aventure humaine, comme disent les gens qui sortent de Koh-Lanta.

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