Solange, la vie après Beyoncé

Avec son troisième album, Solange Knowles est sûre ne plus rien avoir à prouver à personne et sort des colonnes people pour investir la rubrique musique.

Le second rôle. Soyons très honnêtes : jusqu’à il y a peu, personne ne misait un kopeck sur la carrière musicale de Solange Knowles. Elle semblait écrasée par la gloire de sa sœur et ses deux précédents essais, « Solo Star » (du R’n’B fadasse de teenager) et « Sol-Angel and The Hadleys St. Dreams » (plus soul et plus abouti), n’avaient pas franchement convaincu. Heureusement, elle disposait d’un point fort qui, jusqu’ici, échappait à Beyoncé : le style. S’habillant chez des créateurs alternatifs, arborant une boule afro bien avant que ce soit tendance, dotée d’une vraie dégaine, elle posait pour Dazed & Confused ou ID – qui expliquait récemment pourquoi elle était « la boss ».

Famille Knowles, option hipster. En France, on la connaissait moins. Même si, en 2014, elle s’était illustrée dans les tabloïds, d’abord avec le fameux épisode dit de l’ascenseur où elle balançait, dans un accès de rage incontrôlable, des coups de pieds à Jay-Z. Puis avec son (second) mariage à la Nouvelle-Orléans, en pantalon blanc et en vélo. L’heureux élu : Alan Ferguson, réalisateur de clips assez réputé, officiant pour Fall Out Boy comme Janelle Monáe. Musicalement, Solange avait enregistré Losing You avec Devonté Hynes en 2012, une pépite indie et avait fondé son propre label, Saint Records, en 2013. Sans qu’on sache vraiment où elle venait en venir. Hipster, elle l’était sans aucun doute. Talentueuse, on attendait de voir.

Casting de rêve. Et puis vient la sortie de « A Seat at the Table », le 30 septembre dernier. Enregistré entre Long Island et la Nouvelle-Orléans (tiens), bénéficiant de deux clips réalisés par Alan Ferguson (tiens, tiens), ce nouvel album est franchement réussi, du point de vue sonore comme visuel. Pochette minimale mais efficace. Comme le son, d’une soul éthérée extrêmement contemporaine sous influence Minnie Riperton et Diana Ross. Avec les interventions, côté production, de Raphael Saadiq, Sampha, Sean Nicholas Savage, Dave Longstreet, Questlove, David Sitek, Dev Hynes et Sir Dylan, excusez du peu, même si Solange porte la culotte en co-réalisant tous ses morceaux. Et ça assure aussi question featurings : Q-Tip de A Tribe Called Quest, Kelly Rowland, Master P ou Lil Wayne.

Black power. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle « A Seat at the Table » vient de se classer en première position du Billboard. Véritable leçon de self-esteem pour les nuls, l’album remet en question les notions de genre, de race, de classe sociale. Y figurent des interludes où elle donne notamment la parole à sa mère, Tina Lawson, ou à son père, Mathew Knowles, qui évoquent chacun librement le racisme. Family business ? Non, au contraire. Dans la culture afro-américaine, « prendre place à table » revient à écouter l’histoire de ceux qui la partagent avec nous. Solange nous invite donc à faire de même. Et ça marche.

Pas du jus de limonade. Enfin, ce nouvel hymne du black is beautiful tombe à pic, à l’époque où l’on tue encore, pour rien, des Noirs aux États-Unis. Au printemps dernier, Beyoncé avait elle aussi joué la carte du black empowerment avec Lemonade. Or, Solange la coiffe aujourd’hui au poteau et ce n’est pas qu’une question de boule afro.

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