La revanche de Kutmah, le beatmaker dont les États-Unis ne voulaient plus

Il était le pionnier du son électro de L.A., les fédéraux l’ont chassé des USA. Voici l’histoire méconnue de Kutmah, l'homme de l’ombre qui prend sa revanche derrière les platines.

5h du mat’, j’ai des frissons. 5 mai 2010, John McNulty alias Kutmah dort profondément aux côtés de sa nana. Soudain, la lumière d’une lampe torche transperce la fenêtre. On frappe à la porte. La police l’arrête, il est emmené jusqu’à un grand hangar dans le désert du Nouveau Mexique. Il est jeté dans une salle avec 75 autres hommes. Pas d’avocat, pas de fenêtre. Il y restera trois mois avant d’apprendre qu’il doit être déporté au Royaume-Uni et interdit de territoire pour dix ans. L’histoire de Kutmah, c’est une vie d’exil et de clandestinité.

L.A. Confidential. Joseph est né à Brighton d’une mère égyptienne et d’un père écossais. Son enfance est loin du conte de fée. Son père s’est barré et sa mère est malade. À 12 ans, il est donc envoyé à Hollywood chez son oncle. Ce qui doit être temporaire, dure. Après le lycée, il commence à étudier l’art. Sauf que Joseph n’a pas de Green Card et l’université se met à poser des questions. Il décide donc de passer sous les radars et de se lancer dans des petits boulots.

Kutmah commence alors à chauffer les pistes pour quelques clubs hip-hop. Il fait ses armes au Firecracker, où la crème des beatmakers passe : Madlib, Peanut Butter Wolf, 9th Wonder. Le hic, c’est que Joseph en a marre que les fêtards lui demandent des hits radio. Lui aime le trip-hop de Portishead, Prefuse 73 et collectionne des disques obscurs en provenance de Bali. Il décide donc de créer ses propres soirées : Sketchbook. Il ne le sait pas encore mais il va donner l’impulsion à tout le mouvement « L.A. Beat ».

Le Parrain. Sur des parkings de nightclubs, il réunit des producteurs locaux pour mixer ou expérimenter leurs nouveaux morceaux. À partir de 2003, tout un bataillon de bidouilleurs fumeurs de weed s’y retrouve pour repousser les limites du hip-hop. Flying Lotus, Daedelus et Gaslamp Killer y font leurs débuts. Des liens se créent, une scène émerge. La légende veut même que Prince soit venu jeter une oreille. Malheureusement, ce n’est pas rentable, il abandonne en 2005. Moins d’un an plus tard, Daddy Kev monte les soirées Low End Theory, tous ces artistes explosent, notamment autour du label Brainfeeder. Kutmah commence à profiter de cette lumière. Il est reconnu comme le parrain de ce joyeux bordel. Sauf que les fédéraux en ont décidé autrement.

London Calling. Depuis son retour forcé, Kutmah s’est installé à Londres et a dû redécouvrir un pays qu’il avait oublié. Il multiplie les Boiler Room et peaufine son style psychédélique, tribal et aérien comme sur l’excellent « Blk Smr » (2016). Il vient de rejoindre la team Big Dada (Roots Manuva, Run The Jewels, Young Fathers…) et son album « TROBBB ! » sort début août. « TROBB » ? Pour « The Revenge Of the Black Belly Button ». Préparez-vous à la vengeance de Kutmah !

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