Rencontre avec Loud, la tête d'affiche du rap québécois

Alors que sort son deuxième album, « Tout ça pour ça », le rappeur Loud se confie : sur Montréal, sur son refus de virer pop et sur sa crainte d’avoir un jour « une vie normale ».

Dès le début de la conception de « Tout ça pour ça », tu savais ce que tu recherchais ?

J’ai très vite eu des idées et des productions qui s’accumulaient. En janvier dernier, je me suis donc mis au travail, et tout s’est finalisé en mars. L’idée était de créer une continuité avec mon premier album, de peaufiner un peu plus les textes et les prods, mais aussi de creuser en profondeur certains thèmes. « Tout ça pour ça » est sans doute plus personnel et introspectif qu'« Une année record ». Il s’inscrit dans une même esthétique, mais il me paraît plus abouti. Sometimes All The Time, par exemple, est un titre plus intime, qui aborde une relation sous un autre angle, où je me montre plus sincère, plus honnête et plus vulnérable quelque part.

Et alors, elle est véritable cette fameuse pression du deuxième album ?

Au niveau de la création, de l’enregistrement et des délais, il y a une pression réelle. C’est très difficile de savoir comment aborder un deuxième album quand le premier a fonctionné... Désormais, l’ambition n’est plus la même également. Il faut accepter d’aborder la musique différemment, de ne plus forcément tout contrôler, de s’ouvrir à d’autres univers. Je ne suis plus dans une optique de « do or die » à présent, le laisser-aller est donc plus important.

Faire un disque plus pop, comme ce qu’ont pu tenter des MC tels que Roméo Elvis ou Lomepal, ça ne t'intéressait pas ?

Tu sais, il y a beaucoup d’attentes qui ne sont pas possibles à satisfaire. Alors, oui, j’aurais pu aller vers la pop, mais c’est un risque à prendre qui n’en vaut pas la chandelle me concernant. Je ne viens pas de cette culture, mon public non plus… Jouer la carte de la variété, ce serait donc une mascarade. Là, au contraire, je continue d’avancer avec mon propre style et mes propres influences tout en essayant de coller un peu à la tendance. C’est le mieux à faire, je pense.

C’est vrai que tu as quand même comme particularité de placer régulièrement des références assez pointues sur des mélodies relativement accessibles.

Quand je parle de Prodigy dans mes morceaux, c’est tout simplement parce que ça a été le premier artiste à m’avoir donné le goût du rap. C’est ma culture, je viens de là. Après, le fait qu’il soit mort donne en quelque sorte de l’ampleur à cette référence, mais je ne le fais pas juste pour le mythe. Quand tu écoutes Longues vies, tu sens que je suis assez obsédé par l’idée de péremption. D’autant plus dans un milieu où c’est impossible de savoir si ça va durer. Parce que d'excellents rappeurs sont morts bien trop jeunes, comme les cas de Mac Miller et Nipsey Hussle sont venus le rappeler, mais aussi parce que la concurrence est très forte.

Montréal est toujours très présente dans tes morceaux. Tu estimes avoir une responsabilité vis-à-vis de cette ville ? Sachant que tu es en quelque sorte la tête d’affiche du rap québécois…

Quelque part, oui. Mais je ne peux pas soutenir tous les rappeurs, je ne peux pas donner de la force à tout le monde. Dans les médias, sur mes albums ou lors de mes tournées, j’essaye de promouvoir ceux que j’apprécie, et pas uniquement ceux qui viennent de Montréal. Ce n’est pas forcément quelque chose avec lequel je suis à l’aise, mais je sais que ma voix compte en ce moment. Malheureusement, je ne peux pas soutenir un projet que je trouve moyen.

Est-ce qu’il ne manque pas à Montréal des croisements avec d’autres rappeurs de France ou de Belgique pour exploser réellement sur l’ensemble de la scène francophone ?

Effectivement, on a probablement besoin de featurings avec des figures reconnues de la scène francophone. Malheureusement, le marché québécois est très petit. C’est problématique, dans le sens où les featurings répondent souvent à des stratégies promotionnelles. Les artistes voient ça comme un échange de fan base, plus rarement comme un partage artistique. Et là, c’est sûr qu’on ne peut pas promettre aux rappeurs français ou belges autant de followers qu’eux.

Tu n’as jamais eu envie de mettre en place un tel duo ?

Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est juste que j’aime les projets où il n’y a pas trop de featurings. Sur « Tout ça pour ça », il y a Lary Kidd, mais c’est une évidence. On faisait partie de Loud Lary Ajust, on est resté très proches et on s’invite systématiquement sur nos projets respectifs. Quant à Charlotte Cardin, sa présence s’est imposée d’elle-même. L’ambiance de Sometimes All The Time nécessitait un point de vue féminin, un angle différent, quelque chose qui nous permettrait de mettre en place un vrai duo, avec des croisements et des voix qui se répondent. Ça a été un échange très naturel, même si on ne fait pas du tout la même musique.

On vit à l’heure où le moindre rappeur, même en début de carrière, semble raisonner en termes de chiffres. C’est ton cas ?

Pas vraiment, non. Je ne suis pas très présent sur les réseaux, j’aime choisir des anti-singles comme premier extrait d’un nouvel album, je réalise des disques assez courts et j’essaye de ne pas donner trop d’interviews. Si je résonnais en termes de chiffres, je pense que je procéderais différemment. En fait, je crois que j’ai confiance en ma musique. « Une année record », par exemple, m’a permis de donner plus de 100 concerts et m’a propulsé comme une sorte de tête d’affiche du rap québécois. J’ai encore plein de choses à prouver avec ce deuxième album et ce qui arrivera ensuite, mais c’était déjà pas mal pour un premier projet solo, non ?

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