Rencontre avec Glauque, le collectif le plus intense de Belgique

De retour avec un deuxième clip, « Plane », toujours aussi intense et lucide, les Belges de Glauque prennent le temps de se poser avant une tournée estivale assez dingue. Enfin, on dit « les Belges », mais c’est surtout Louis, le chanteur, qui parle.

Il paraît que Glauque est né comme un groupe de rap ?

En fait, c'est surtout moi qui voulais faire du rap. Je trainais avec trois gars qui faisaient le conservatoire, dont mon frère, et aucun n’avait envie de s’orienter dans cette veine. Mon frère m’a alors présenté à Aadriejan, on a commencé à avancer à deux, puis deux mecs issus du rock indé et de l’électro se sont mêlés à l’aventure. Depuis, on avance avec les compétences de chacun, on fait des compromis. Comme personne ne sait chanter, par exemple, on parle. Plus qu’un genre musical qui nous définit, le rap est donc pour nous un outil d’expression avant tout.

En écoutant vos différents morceaux, on pense pas mal à Odezenne. C’est une référence ?

Disons que j’ai beaucoup écouté l’album « Ovni » en 2011, celui avec des titres comme Tu pu du cu ou Saxophone. Et, le hasard faisant bien les choses, les autres membres du groupe, qui ne sont pas spécialement fans de rap à la base, écoutaient aussi ce disque. Ça nous a mis d’accord sur la façon d’envisager le hip-hop, de façon décalée.

Vos textes sont malgré tout moins abstraits que ceux des derniers albums d’Odezenne. C'est par volonté d'être réaliste ?

Ce qui m’a toujours attiré dans le rap, c’est une manière d’écrire assez explicite. Dans la chanson, les gens sont soit trop fleur bleue, soit trop abstraits. Le rap, à l’inverse, a démocratisé un style d’écriture très riche, mais également accessible et touchant. Et moi, j'en ai probablement gardé le sens des formules marquantes, le côté direct. Je ne pense pas être quelqu’un d’abstrait dans la vraie vie, donc je ne vois pas pourquoi je devrais jouer un rôle dans l’écriture... Pareil pour Aaron, qui coécrit avec moi les morceaux.

Ça veut dire que tu ne te prends pas trop la tête au moment d’écrire ?

Pour te donner un exemple, Robot, notre premier single, est un titre que j’ai écrit avant d’aller en cours, en deux ou trois heures, et je n’ai quasi rien retouché ensuite. Plane, en revanche, j’ai réécrit au moins une vingtaine de fois le premier couplet. C'était frustant parce que j'aime faire confiance à l’instinct, je ne cherche pas à complexifier ni à me poser trop de questions. Un peu comme Orelsan.

Si tu regardes bien, c'est possiblement celui qui écrit le mieux dans le rap français, parce qu’il arrive à matérialiser des choses hyper compliquées avec des mots assez simples. J'ai la même ambition : je ne veux pas employer des formules que je n’utiliserais jamais à l’oral. Il n'y a rien de pire que de travestir ses écrits.

Si on se fie aux textes de Glauque, ça ne transpire tout de même pas la joie...

C'est vrai que les gens peuvent penser qu'on ne rigole jamais, mais il faut savoir que Glauque est avant tout un exutoire, ça nous permet d'aborder des choses moins légères que dans notre quotidien, des trucs dont on n'a pas l'occasion de parler à d'autres moments.

Tu parlais d’études…

Oui, je suis un rappeur Science Po (rires). Je te rassure, chez nous, en Belgique, ce cursus est plus de la branlette qu’autre chose, ça n’a rien d'aussi glorifiant qu'à Paris. Mais ça me permet d’avoir suffisament de temps à côté pour faire de la musique et de m'assurer un diplôme. Le monde de la musique est un milieu malsain, où il est dur de s’éterniser. On va certes énornément tourner cet été, mais c'est impossible pour nous de nous projeter dans cinq ans. Alors, il nous faut un plan B.

C’est vrai que vous allez donner une quinzaine de concerts cet été. La scène est importante pour vous ?

C’est là d’où l’on vient. On s’est formé pour la scène. Pour tout dire, le studio m’emmerde un peu… Ça fige une interprétation en fonction d’une humeur… Mais bon, ça permet aux gens de venir nous voir en live.

Le fait que les médias vous rattachent à la nouvelle scène belge, ça doit aider aussi, non ?

Ça joue à mort, oui. On arrive au moment où le rap est moins sectaire, où il est partout et où tout le monde l’écoute. Et ça fait du bien : il faut quand même se rendre compte qu’on n’avait personne avant Stromae... Maintenant, même un groupe de Namur comme le nôtre, qui propose un hybride de rap et qui ne se voit pas du tout vivre dans une grande ville comme Bruxelles, peut attirer l’attention des médias. C’est fort, l’époque change.

  • Qui sommes-nous

    Pour en savoir plus sur JACK
    VOIR LA PAGE
  • Newsletter

    Le meilleur de JACK dans votre boîte mail

  • Contact

    JACK aime les projets, idées, remarques, mais aussi les câlins
    CONTACTEZ-NOUS