Le rap de 2017 est-il meilleur que celui de 1997 ?

Spoiler : oui et non. L’important est simplement de savoir que le rap francophone n’a jamais paru aussi ouvert aux expériences, à l’imprévu et à toutes ces tentatives entre underground et mainstream qui lui permettent d’être mieux accepté qu’il y a vingt ans.

Éternel recommencement. En 1997, le web n’en est qu’à ses balbutiements, Skyrock ne couvre pas encore l’entièreté du territoire français, l’industrie du disque écoule encore des albums par millions et Doc Gynéco n’est pas encore devenu une parodie de lui-même. À priori, impossible donc de comparer cette année-là à celle qui s’apprête à s’achever. Sauf que, comme l’a très bien rappé Youssoupha, « tout n’est qu’un éternel recommencement ».

Dans la sono. En 2017, vingt ans après les énormes succès d’IAM (« L’école du micro d’argent ») et de Passi (« Les tentations »), le rap francophone a ainsi prouvé qu’il était encore capable de produire des albums alliant succès critique et impact populaire, recherche esthétique et efficacité mélodique : « Ipséité » de Damso, « Flip » de Lomepal, « Agartha » de Vald ou encore « La fête est finie » d’Orelsan en sont les exemples les plus frappants, symbolisant l’effervescence autour du rap actuellement.

Le rap de 1997 ne donnait pas la sensation de pouvoir surclasser la chanson française.

Sans pour autant masquer ce qu’il se passe de plus innovant ou de plus underground au sein de la scène hexagonale. Un peu comme si Josman, Népal ou Ichon avaient pris le rôle de Busta Flex, Ärsenik ou Casey : celui de jeunes rookies biberonnés au rap, mais qui refusent de s’enterrer dans un cimetière de références et imaginent le rap de demain qui, quoi qu’il advienne, leur appartient.

Le grand remplacement. Si on a également vu cette année le retour des vieux briscards du rap français (MC Solaar, IAM, la tournée « L’Age d’Or du Rap Français »…), deux aspects permettent néanmoins de distinguer les deux périodes. D’abord, la capacité qu’avaient les MC de l’époque à se rassembler autour d’une cause commune (la compile « L432 », le titre 11’30 contre les lois racistes). À croire que le rapport à la politique se veut moins frontal aujourd’hui et que ce rapport au monde passe désormais à travers des textes plus meurtris, dépressifs.

Attaque à mic armé. Il y a aussi l’ouverture d’esprit prônée aujourd’hui par les rappeurs : résolument tourné vers l’avenir, le hip-hop francophone actuel atteste d’une complète liberté artistique. Quel rapport en effet entre le verbe de Vîrus, revenu en début d’année avec un album inspiré du poète Jehan-Rictus, et le rap autotuné de Kekra, entre les romans noirs narrés par le Klub Des Loosers et les histoires délirantes de Caballero & JeanJass, entre Hugo TSR, dont le dernier album suinte une nouvelle fois le désespoir des quartiers parisiens, et les rêves de « Trône » de B2O ?

Ouverture des frontières. Alors oui, certes, le rap de 1997 se révélait lui aussi très divers, mais il ne donnait pas pour autant la sensation de pouvoir surclasser la chanson française, de prendre la place de la variété dans le cœur des Français. Surtout, il semblait nettement plus partagé entre les pôles parisiens et marseillais, quand il s’ouvre aujourd’hui à d’autres métropoles (Lyon, Toulouse, etc.) et pays. La Suisse, à travers la SuperWakClique, et bien sûr la Belgique, dont les plus fiers représentants (Roméo Elvis, Icha et Damso) viennent de conclure l’année en beauté avec la BO de « Tueurs ». Un passage de relais ? Simplement le signe que le rap francophone jouit enfin de la reconnaissance médiatique et public dont certains MC manquaient cruellement il y a vingt ans.

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