R. Kelly, XXXtentacion, 6ix9ne ... A-t-on encore le droit d'aimer la musique d'un salaud ?

Alors que les anciens partenaires de R. Kelly, probablement au courant de ses actes depuis des années, font mine de se détacher du bourreau sexuel maintenant que son statut devient embarrassant, il est temps de rappeler une cruelle vérité : oui, il est possible d’aimer la musique d’un artiste aux mœurs répréhensibles par la loi.

Le bien, le mal. R'Kelly boycotté par ses anciens partenaires de jeu (Jay-Z, John Legend et maintenant Chance The Rapper, qui est allé jusqu'à s'excuser d'avoir collaboré avec l'auteur d'I Believe I Can Fly...), XXXtentacion retiré des plateformes de streaming suite aux différentes accusations dont il faisait preuve, 6ix9ine qui voit son dernier album démonté par une critique US davantage soucieuse des dérives du personnage que de la qualité ou non de sa musique… Ces derniers mois, une question s'impose plus que jamais : doit-on avoir honte d'écouter, d’aimer ou d’idolâtrer la musique d’artistes dont tout semble prouver qu'ils sont de piètres êtres humains ?

Salaud, on t'aime ? À ceci, on est souvent tenté de répondre qu’il est indispensable de séparer l'œuvre de son auteur. Certes. Beaucoup, comme l'avance un excellent papier publié chez Yard il y a quelques mois, prétendent également que « nous avons le droit d’écouter des ordures » tant que nous l’assumons et que nous ne balançons pas tout un tas d’arguments ambigus pour justifier notre passion. Mais on peut aussi affirmer que les artistes ne sont finalement que le reflet de leur environnement, donc fondamentalement imparfaits, sujet à d'énormes contradictions, tiraillés entre plusieurs tentations, bonnes et mauvaises.

L'idée n'est évidemment pas de défendre des artistes comme Asia Argento et Alex Calder face à leurs écarts de conduite, ou d'offrir une quelconque immunité aux artistes ayant défilé devant les radars de la justice (du genre « oui c'est un salaud, mais sa musique est tellement bonne »...), mais bien de reconnaître qu’un tas de musiciens élevés au rang d’icones ont fauté sans que l’on n’arrête de les porter aux nus. 2Pac n’a-t-il pas vendu des millions d’exemplaires de ses albums malgré quelques mois passés en prison pour attouchement sexuel ? A-t-on supprimé les disques de The Ronettes, des Beatles ou des Ramones des plateformes de streaming depuis l’arrestation de Phil Spector en 2003 pour le meurtre de Lana Clarkson ?

Les chemins de la rédemption. Accepter la part de monstruosité de ces artistes, c’est non seulement comprendre qu’un agresseur, un pédophile ou un violeur n’est pas qu’un monstre idiot uniquement animé par ses pulsions malsaines, mais c’est aussi reconnaître notre attirance pour la rédemption, pour ces anciennes ordures aujourd’hui repenties et prêtes à le raconter à longueur de textes.  

C’était le cas en 2017 avec Gucci Mane (dont l’autobiographie a été élue quatrième best seller du New York Times). C’est le cas ces derniers jours avec Kodak Black, récemment incarcéré pour négligence envers un enfant et possession d’arme à feu, dont le dernier album (« Dying To Live ») rappelle à quel point le message prôné dans ses morceaux est plus important que le comportement qu’il adopte au quotidien. Après tout, comme le dit le journaliste Nicolas Pellion dans l’émission No Fun, « oui, Kodak Black est une merde, mais sa musique est géniale. Ce n’est pas incompatible ».

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