Quarante ans que les banlieues font la loi dans la musique

Lorsqu'on évoque le rapport entre musique et banlieues, le premier réflexe c'est de penser au hip-hop. Facile. Mais depuis les années 1970, les suburbs, les quartiers, les townships, les favelas et les périphéries ont engendré des mouvements musicaux monstrueux. Et ça continue encore aujourd'hui. Petit tour d'horizon.

« Oi! Oi! That’s Yer Lot! » Partout dans le monde, les années 1950-1960 ont vu naître un nouveau type de villes, étandues, absorbant les petites localités voisines dans de gigantesques zones urbaines. Et forcément, quand on regroupe géographiquement des gens en fonction de leurs origines sociales ou culturelles, pas étonnant de se prendre un retour de bâton musical dans la tronche. L’un des exemples les plus probants est l’Angleterre des années 1970 et sa période skinheads. Regroupés autour des musiques ska, rocksteady, soul et rhythm and blues, puis Oi! ils font le lien entre les jeunesses d’origine immigrée et les fils de la working class blanche. Leur influence ira de la vague punk à la 2-tone, prenant d’assaut les centres-villes des grandes agglos british et traversant l’Atlantique jusqu’aux USA.

La renaissance du south Bronx. Mais à New York, en 1974, c’est une autre vague qui sévit : le hip-hop. Dans le south Bronx, que l’on ne peut, à l’époque, franchement pas qualifier de centre-ville (les incendies y sont légion), la sainte-trinité opère : Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa et surtout Kool Herc posent les bases d’un mouvement global qui trouve écho dans le graffiti pré-existant, la breakdance, puis le rap. Si la communauté afro-américaine donne le ton, il ne faut pas oublier que le quartier était aussi grandement peuplé de Portoricains, de Jamaïcains et de Dominicains, qui ont eu une importance considérable dans l’explosion du hip-hop.

Les révoltions des plagistes. Les banlieues de Los Angeles telles que Compton, Watts ou Lakewood feront vite écho dès le début des années 1980 et verront aussi se côtoyer, dans d’autres villes limitrophes moins défavorisées, les groupes du Paisley Underground, mouvement rock éphémère emmené par The Three O’Clock, ainsi que toute la scène hardcore représentée par les Black Flag, originaires de Hermosa Beach. Comme quoi, les eighties dans les suburbs, ça n’était (heureusement) pas que Cindy Lauper.

Du bubblegum dans les townships. Avec, dans les années 1980, l’explosion de la world music de Paul Simon, Peter Gabriel ou Malcolm McLaren, l’industrie du disque prend le large et commence à se développer exponentiellement dans des pays comme l’Afrique du Sud, encore sous le joug de l’Apartheid, mais où les groupes des townships tendent à redéfinir la culture locale dominante. Le choix des histoires est immense, mais durant cette décennie est née la scène bubblegum, sortie tout droit des enclaves urbaines. Une sorte de mix entre disco et musiques traditionnelles modernes. Une nécessité puisqu’avec les boycotts de nombreux pays, l’Afrique du Sud était bien souvent privée de concerts de groupes occidentaux. Il fallait se réinventer : le bubblegum était un moyen comme un autre d’avancer seul. La suite, c’est le kwaito, puis la déferlante house music qui sévit encore aujourd’hui dans tout le pays, et plus seulement dans les townships.

Satan vient de Rungis. Alors que la vague hip-hop a pris d’assaut la France dans les années 1990, avec le rapport aux banlieues qu’on lui connaît, la musique devient de plus en plus worldwide et l’on voit émerger la musique baile funk dans les favelas brésiliennes, une scène électronique moscovite très vivace venue des grands ensembles, le grime et la dubstep dans les quartiers de Bow et de Croydon près de Londres…Bien sûr, même si le rap a envahi toutes les sphères de la société, les quartiers sont encore le principal vivier de talent. En témoigne le phénomène PNL estampillé Corbeil-Essonnes ou encre Fianso, du Blanc-Mesnil. Même la tecktonik (oui, oui) trouve ses origines en banlieue parisienne, à Rungis, plus précisément dans la discothèque Métropolis. Ah, oui, on a oublié de vous dire, mais ça n’est pas parce que ça vient des banlieues que c’est forcément bien…

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