Pendant trois ans, un flic a veillé sur les rappeurs de New York

Ne vous êtes-vous jamais demandé comment certains rappeurs pouvaient faire l'apologie de la violence, de la drogue et du crime dans leurs chansons en toute impunité ? Derrick Parker a la réponse. Mieux encore, trois années durant, il a fait régner la loi dans le milieu du rap américain. Trois questions au « hip-hop cop ».

Comment est née cette « police du rap » ?

Tout s’est fait en un jour. Nous sommes en 1997, à New York. J’arrive au bureau, et apprends que Notorious B.I.G., alors au sommet de son art, a été assassiné. Bien qu’il ait été tué à Los Angeles, j’ai senti que ça allait péter dans les cités new-yorkaises. Les rappeurs ont des contacts dans tout le pays. Il fallait faire quelque chose pour arrêter ça, sous peine de voir les cadavres s’empiler. Et là, avec le meurtre de B.I.G, juste six mois après celui de Tupac… On pouvait craindre le pire. D’autant plus qu’à l’époque, personne ne savait qui avait fait le coup. C’était la paranoïa de masse dans le milieu du rap, tout le monde s’accusait mutuellement. Puisque le tueur n’était nulle part, il pouvait être partout. J’ai donc été désigné pour veiller seul sur ce milieu.

« Mon rôle n’était pas de mettre les rappeurs sous les barreaux. Je n’étais pas un super-héros.« 

On vous imagine facilement déambuler dans les rues au volant d’une Cadillac sous le regard craintif des rappeurs. Était-ce vraiment ça ?

Je comprends tout à fait que l’on puisse imaginer ça ! Toutefois, dans l’apparence, rien ne me distinguait de l’officier lambda. J’allais au bureau, je faisais mes heures et je rentrais. Si j’avais envie d’aller vadrouiller, je le faisais, sans compte à rendre à qui que ce soit. L’inconvénient — si je puis dire — c’était que je devais effectuer le travail de cinq hommes à moi tout seul. Il m’arrivait donc parfois de me faire des journées de 18 heures et de rentrer chez moi à l’aube, voire pas du tout. Car la nuit, les clubs vivent. Et qui dit club, dit alcool, parfois perte de contrôle, violence et fusillades. Mon rôle n’était pas de mettre les rappeurs sous les barreaux. Je n’étais pas, comme certains peuvent l’imaginer, un super-héros. Mon contact privilégié avec les rappeurs nous donnait une certaine longueur d’avance et nous permettait d’être omniprésents, ce qui dissuadait les potentiels malfrats d’agir. C’est là que je me dis que de créer cette faction de la police judiciaire a sauvé beaucoup de vies.

« Quand Jam Master Jay a été assassiné, j’ai démissionné. »

Une affaire vous a-t-elle marqué en particulier ?

Jam Master Jay. En 2002, il fut tué d’une balle en pleine tête dans son studio à New York. Sa mort a eu un impact différent, sur moi comme sur le milieu du rap. Tout d’abord, c’était au sein de ma ville. Je suis censé y faire régner l’ordre et tout faire pour éviter que ce genre de crime y ait lieu. Ensuite, je considérais, et considère toujours, cet homme comme une icône. Donc vous vous doutez bien que son meurtre m’a personnellement beaucoup affecté. Professionnellement, sa mort m’a également remis sérieusement du pain sur la planche. J’ai fait jouer tous mes contacts. J’ai appelé, rencontré, interrogé chaque personne pouvant être impliquée de près ou de loin dans la mort de Jay. J’ai passé des mois à tenter de recoller les morceaux, étudier minutieusement chaque indice ou ce qui pourrait en être un. En vain. Du coup, l’affaire a été classée sans suite. Ce fut un vrai coup dur dans ma carrière. La même année, je démissionnais. Je sentais que j’avais fait mon temps et je ressentais le besoin de passer à autre chose, de me renouveler. Car malgré les manières ostentatoires de ses protagonistes, le rap est un milieu très secret. Mais j’aime à croire que j’ai un peu changé les choses. En tout cas, j’écoute toujours autant de hip-hop, et je ne suis pas prêt d’arrêter.

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