L'afrobeat est une musique de lutte, et Seun Kuti nous dit pourquoi

Finis les dialogues d'outre-tombe avec son père, le grand Fela, Seun Kuti s'émancipe avec « Black Times », quatrième album publié chez l'excellent Strut Records. Un disque lourd de sens, qui tape haut et fort, et sur lequel le Nigérian prend le temps de revenir ici.

Ton nouvel album s’appelle « Black Times ». C’est forcément un titre politique ?

C’est surtout une façon pour moi de parler de notre époque, qu’elle soit bonne ou mauvaise, régressive ou non. Il y a bien sûr la volonté de rendre hommage aux leaders panafricains et de mettre en avant les origines de l’Afrique noire, notamment celles qui nous lient à l’Égypte Ancienne, mais je veux surtout parler de ce qu’il se passe en ce moment, définir notre identité en tant que groupe.

Je sais que tu en parlais il y a quelques années, mais es-tu toujours intéressé à l’idée de t’investir dans la politique ?

Tu sais, je suis black, donc tout ce que je peux entreprendre est politique, finalement. Tous mes morceaux, tous mes albums, tous mes gestes quotidiens sont guidés par une dimension politique. C’est aussi dans cette optique que j’aborde l’afrobeat, un genre musical qu’il convient d’entendre comme un discours.

Dans la plupart des morceaux de « Black Times », on ressent en effet un vrai message de paix. Tu penses que l’on a plus que jamais besoin d’entendre ce genre de discours ?

J’en suis persuadé ! Avec tout ce que l’on peut voir à la télé ou entendre à la radio, il est normal que les gens s’inquiètent. Pourtant, ce n’est qu’en se faisant confiance mutuellement et en croyant en cette notion de paix que l’on parviendra à créer une véritable unité. « Black Times » est donc un album pour tous ceux qui croient au changement et ont envie de s’unir. Oui, le système dit que nous sommes différents, mais le fait de lutter ensemble nous rassemble.

 Pour ce disque, tu as travaillé avec Carlos Santana et Robert Glasper…

Carlos, c’est une véritable légende. C’était donc un vrai plaisir de l’avoir à mes côtés, d’autant que j’avais cette envie en tête depuis un long moment. Quant à Robert Glasper, il avait déjà travaillé avec moi sur mon précédent disque et on sentait qu’il y avait encore des choses à explorer. C’était une manière pour moi de créer une certaine continuité tout en essayant de nouvelles choses.

En quoi, c’était différent de ton travail aux côtés de Brian Eno, avec qui tu avais collaboré sur « From Africa With Fury: Rise » ?

Brian, c’est un professeur. Il veut que l’on échange en permanence, que l’on teste les différentes techniques qu’il peut conseiller et, seulement ensuite, on peut aller en studio pour enregistrer les morceaux et mettre en application ses différents conseils. Là, il n’y avait pas ce rapport professeur-élève.

Quand tu étais petit, tu as beaucoup voyagé avec ton père, Fela Kuti. Tu penses que ça a été une meilleure éducation que ce que l’école aurait pu te proposer ?

Je ne pense pas qu’il faille comparer les différentes façons d’éduquer un enfant… Mais oui, me concernant, ça été hyper bénéfique de pouvoir voyager à travers le monde, de découvrir des paysages, des gens et des atmosphères inédites à chaque fois. Et puis le fait de côtoyer en permanence des musiciens a forcément guidé le reste de ma vie.

« Le rêve africain, c’est un rêve de communauté »

Un de tes morceaux s’appelle African Dreams. C’est quoi, au juste, le rêve africain ?

Le rêve africain, c’est un rêve de communauté. Malheureusement, ce rêve est régulièrement détruit à cause de la pression morale et psychologique exercée par l’Occident et les États-Unis. C’est donc important de rappeler notre souhait initial, qui n’est pas lié au consumérisme ou à l’individualisme comme souhaiterait nous le faire croire l’Amérique. Nous, on veut simplement l’unité, le bien-être collectif. Un peu comme n’importe quelle classe ou population oppressée à travers le monde. Notre combat, finalement, ne diffère pas de celui mené par les prolétaires dans le Michigan ou en Europe.

Un mouvement comme Black Lives Matter, ça t’inspire quoi ?

J’ai de la sympathie pour ce mouvement, dans le sens où il tente d’améliorer les choses pour la population black, mais je préfère ne pas y souscrire. Jay-Z ou Beyoncé peuvent bien dire ce qu’ils veulent, le combat se doit d’être plus large. Partout dans le monde, les noirs souffrent de discriminations. Même en Afrique : il y a trois millions de blancs et d’asiatiques ici, pourtant c’est encore et toujours la population noire qui subit les violences de plein fouet. Il va falloir que ça change.

Seun Kuti est en concert au Bataclan le 7 mars. Jupiter & Okwess assureront la première partie.

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