Pourquoi on va tous réécouter George Michael en 2017

Plus de trente ans après le groupe Wham!, ses albums "Faith" et "Listen without Prejudice", George Michael s’apprête enfin à sortir de sa retraite. L’icône des années 1990 préparant un nouvel album, on parie que ses slows ravageurs et ses hits funky vont redevenir hype. Don’t let the sun go down on him.

Avouez : en lisant le titre, vous avez tous souri. Cela fait très longtemps que vous n’avez pas écouté un titre interprété par Georgios Kyriacos Panayiotou et de toute manière, vous n’avez aucune intention de le faire. Sûr de votre bon goût, certain de votre connaissance de l’histoire de la musique, vous avez rangé l’homme aux 100 millions de disques vendus sur l’étagère des hasbeen apparus dans les années 1980 et ayant régné sur les années 1990. Comme vous le rappelle régulièrement votre moitié, il arrive parfois que vous ayez tort. George Michael s’apprête à revenir et à vrai dire, il est déjà là. La série The Walking Dead nous l’enseigne chaque semaine : de nos jours, on n’enterre pas aussi facilement les morts-vivants.

1. C’est Kanye West qui nous l’a dit à l’église

Avant que le gospel n’envahisse en fin d’année les palais des sports des zones périurbaines et qu’il offre une transcendance peu onéreuse aux amateurs de chant, il a été cette année le carburant essentiel de l’album de 2016 – « The Life of Pablo » de Kanye West. Nos camarades du site Pitchfork ne se sont pas trompés en élisant Ultra Light Beam titre de l’année, avec son orgue d’église, ses chœurs et son sample de This Little Light of Mine. La dernière fois qu’on a entendu ce classique de 1920, c’était quand un autre artiste à cheval sur les genres le chantait avec ses quatre choristes lors de la tournée « Symphonica ». Depuis ses débuts en solo, George Michael infuse du gospel dans sa pop, pas de manière expérimentale comme Kanye, mais au premier degré, pour donner de l’ampleur à sa pop de synthèse et lui faire rejoindre la soul qu’il adore, comme tous les gamins élevés à Londres dans les années 1960.

2. Parce qu’il va sortir du silence

Eh oui. À vrai dire, plus personne n’y croyait. George Michael, c’est un album par décennie depuis « Faith » en 1987, c’est-à-dire quatre vrais disques studio dont le dernier, le bien-nommé « Patience » en 2004 et une poignée de best of et d’enregistrements publics. De toutes les superstars de la planète musique, personne ne produit si peu. Discrètement, il a annoncé un nouveau disque pour 2017. Ces dernières semaines, il travaille avec le producteur et compositeur Naughty Boy qui a marqué les esprits avec le titre Runnin écrit pour Beyoncé. Autre raison : dans une époque dominée par le buzz, on n’a jamais autant prêté attention aux ermites sortant de leur terrier. Chaque année, le grand public réserve un triomphe à celui qui revient d’entre les morts : A Tribe Called Quest en 2016, D’Angelo et Aphex Twin en 2014, My Bloody Valentine en 2013 ou Gil Scott-Heron en 2010. À chaque fois, leur silence a duré au moins dix ans.

3. Parce qu’il est kitsch

C’est peut-être la plus mauvaise raison d’écouter George Michael mais sans doute la plus efficace. Ainsi, quand Augustin Trapenard et Alison Wheeler font la promo de l’émission 21cm, ils reprennent avec Izia le tube de Noël de Wham!, Last Christmas I gave you my heart, avec mulets postiches et rap de mauvais goût. Depuis, Yahoo.fr se fend d’articles sur la chanson originelle. Si l’immortalité et la perfection de son hit Careless Whisper, avec un monstrueux solo de sax, l’ont inscrit dans le marbre du second degré, il est temps pour une des icônes des années 1980-1990 de réapparaître. Ne serait-ce que parce que la mode et la musique ne cessent de recycler cette époque. Il lui arrive lui aussi d’y ajouter une couche de ridicule à la Elton John/Mickey Rourke, comme cet automne en s’attaquant publiquement, ô vieillesse ennemie, aux… trafiquants de chiots. Heureusement, le top model Kate Moss vient de lui avouer son admiration sur la BBC. Cool again.

4. Parce que c’est un vrai bad boy

Mine de rien, George remplit haut la main les cases du parcours obligé d’une rock star digne de ce nom. Extraction basse ? ✔ Mère danseuse, père restaurateur. Début de carrière dans le métro ? ✔ Avec son camarade de lycée Andrew Ridgeley, il chante 39 de Queen dans le tube londonien. DJ ? ✔ Dans les clubs de Bushey. Du rap ? ✔ Le titre Wham Rap ! (Enjoy what you do ?) dès…1983. Des hits à caractère sexuel ? ✔ I want your sex que la présentatrice du Top 40 US n’ose pas annoncer à l’antenne, sorti en trois longueurs différentes dont une version de 13 minutes. La dépression ? ✔ Après la tournée mondiale pour « Faith ». Une bataille juridique avec la maison de disque ? ✔ Avec Sony pour « Listen without prejudice vol.1 », toujours indisponible sur iTunes. Des faits divers crapoteux ? ✔ Surpris en train de faire des choses avec un flic en civil dans un WC public de Beverly Hills, il fait son coming out puis récidive à Londres. Une demi-douzaine d’arrestations au volant et d’accidents sous l’emprise de drogue. Fumer du crack ? ✔ Selon un retentissant aveu à The Guardian en 2009. De l’herbe ? ✔ Son régime a longtemps été composé 25 joints de weed par jour avec du café Starbucks. Stalké ? ✔ À de multiples reprises, une fan s’est même fait pincer sept fois dans son manoir, dont une fois en portant ses habits. Dernier coup en date ? ✔ Notre préféré : descendre en marche d’un Range Rover sur l’autoroute M1 à 100 km/h. Blessé, il est évacué en hélicoptère. Comme il le dit lui-même : « Je suis sincèrement surpris de survivre à mes dysfonctionnements. ».

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5. Parce qu’il chante divinement

On peut aussi s’attarder sur l’essentiel. À savoir que George dispose d’un organe exceptionnel au son cristallin. Quel autre chanteur de variété oserait pour lancer sa carrière solo faire un duo avec Aretha Franklin – I knew you were waiting, n°1 aux USA et en Angleterre – connue pour mettre à l’amende les impétrants ? Une fois parvenu au sommet en 1999, qui oserait faire un tête-à-queue en publiant un album de reprises de classiques de jazz ? Dans « Songs from the last century » produit par Phil Ramone (34 nominations aux Grammys, habitué à Burt Bacharach, Quincy Jones, Dionne Warwick…), il se frotte à un énorme jazz band, aux chansons de Billie Holiday, Bing Crosby ou Nina Simone. Ainsi qu’à l’une des chansons les plus difficiles du monde, la monocorde The first time ever I saw your face. Et s’en sort haut la main. Quinze ans plus tard, il interrompt dix ans de silence avec un album… symphonique. Bien sûr, il en vend quelques millions de moins que ses albums studio de pop funk. Il s’en fout, il peut s’offrir de chanter sur la scène de l’opéra Garnier à Paris.

6. Parce que c’est la seule star à faire de la dance music

La dance music appartient à un territoire réservé aux DJ et aux producteurs, pas aux interprètes. Pour les stars, il n’y a pas grand chose à y gagner : pas d’album, pas de tournée, tout juste le risque de se planter avec une version mal calibrée entre les exigences du grand public et celles très spécifiques du corps devant des enceintes soufflant du 130 db à 3 heures du matin. Seuls The Bee Gees et Diana Ross ont réussi leurs passages en boîte pendant l’avènement du disco. George Michael n’a, lui, cessé de se faire remixer par Jon Douglas, Jam & Lewis, Alexkid… Et à fournir du matériel dansant de haute qualité : Freedom ! 90’, Fastlove Pt.1, Star People, Too Funky, White Light… Bref, malgré le triomphe de ses ballades mid-tempo, il fait le pont entre la house music et MTV, entre le NME et Masters at Work. C’est pas son voisin Sting qui peut en dire autant.

7. Parce qu’il est visionnaire.

Il faut bien admettre que George a souvent un coup d’avance. Avec Wham!, il a été le premier artiste pop occidental à donner des concerts en Chine en 1985. Il a composé Shoot the dog, un morceau contre l’administration Bush et Tony Blair avant l’invasion de 2003 en Irak, a pris position en faveur du téléchargement l’année suivante et s’est empoigné avec le magnat Rupert Murdoch, homme le plus puissant des médias outre-manche. Sans parler de son rap de 1983 dont on ne s’est toujours pas remis. Il incarne également un étrange mélange des genres, mêlant concerts de charité à gogo et récitals privés pour les milliardaires comme Vladimir Potanin. Potanin, pas Poutine. Surtout, il a pressenti, avec 20 ans d’avance, le règne de la mode comme ultime fabrique de célébrité avec ses vidéo-clips montrant des mannequins à sa place. Clips léchés, lunettes design, costumes sombres, barbe taillée à la perfection, contrôle absolu de sa communication (il existe très peu de photos de lui), silence radio… Au final, George Michael est lisse comme une image, semblant tout droit sorti des pages du Vogue anglais. C’est sa force, ses disques sont aussi bien produits qu’un défilé de mode, et c’est sa faiblesse. De fait, seuls ses dérapages nous rappellent son existence. Ou lorsqu’on prend véritablement le temps d’écouter ses chansons.

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