On a parlé de succès et de "South Park" avec Columbine

Le collectif Columbine, réduit à Lujipeka et Foda C sur ce troisième album, revient avec « Adieu Bientôt », un disque mélodique et mélancolique. On a préféré leur dire bonjour.

Comment vous gérez le succès du nouvel album ?

Foda C : J'ai l'impression qu'on le vit de manière isolée, mais ce n'est peut-être que mon ressenti. Quand « Enfants Terribles » est sorti, on sentait vraiment qu'on était "connus", notamment à Rennes. Ça a l'air plus normal maintenant.

Lujipeka : On avait un peu peur des retours sur la forme, sur la musicalité, sur le propos, etc. En fait, tout le monde semble saisir l'album. On nous parle beaucoup des instrus, de la musique, et on sent que le disque n’est pas lésé musicalement. Avant, on était plus incompris.

Est-ce que votre rapport au succès a évolué ?

Lujipeka : On en parle beaucoup dans l’album. Le titre Adieu Bientôt représente tous les questionnements post-tournée d’« Enfant Terribles » : est-ce qu'on continue à fond ou est-ce qu'on a peur de ce que le succès peut engendrer ?

Foda C : Maintenant on a un agenda. On s'est posé la question : "Est-ce que c'est arrogant d'annoncer un Olympia un an avant ?" Il fallait que l'album soit sorti avant alors on s'est botté le cul. On s'est dit que c'était notre métier maintenant et qu'on en était capables. 

C'est devenu un métier et non plus une passion ?

Lujipeka : C'est toujours une passion. Le métier, c'est tout ce qu’il y a autour : la promotion, les concerts, etc.

Foda C : Depuis le début, on a toujours été dans des phases de burn out, parce qu'on a l'impression de donner corps et âmes dans un projet qui a mûri au fil des années. Ça fait trois, quatre ans qu'on s'arrache les cheveux pour sortir des trucs hyper carrés. On n'est pas dans la facilité. 

« Parfois, c'est dur d'écrire sur ton bonheur, bien plus dur que d'expliquer tes problèmes. Dès que j'écris des morceaux joyeux, j'ai l'impression de me trouver con. »

Lujipeka : On n'est pas dans le buzz, on est dans quelque chose de progressif. Là où certains peuvent avoir l'impression que tout est allé très vite, nous, on a passé des étapes, comme le son qui floppe au début, le premier album qui passe un peu inaperçu. On a d'abord fait la Maroquinerie, puis le Bataclan et là l’Olympia. On a gravi une grosse étape, et c'est un combat. 

Foda C : Le combat de se faire accepter. On a cette petite fierté de vouloir apporter un truc au rap français. On va essayer d’y arriver avec des morceaux originaux. C'est toujours ce qu'on a voulu faire et c'est ce qu'on continue à faire. Ce disque, c'est aussi toute cette fatigue, toute cette colère de ne pas être compris. On tape les poings sur la table et on va vous montrer qu'on est là. 

Vous êtes parmi les rares rappeurs en France à évoquer l'effet que peut provoquer le retour de tournée, qui est un moment parfois dur à gérer…

Lujipeka : T'as le droit de dire que des fois, tu le vis mal. Faire de la musique est une psychanalyse. Dire les choses, ça permet d'exprimer tout ce que tu as sur le cœur. La tournée a été le moment où on a découvert qu'on avait des fans. C'est la première fois qu'on a vu en vrai que des gens connaissaient nos chansons par cœur, qu'ils pouvaient devenir fous en nous voyant et on a reçu une grosse dose d'amour et d'euphorie qui s'est arrêtée d'un coup. Quand tu rentres, t'es à des kilomètres de ce que tu as vécu pendant la tournée où t'as vu 30 000 têtes qui hurlaient. Tu te retrouves tout seul dans ta chambre et tu te dis : "Bon, on fait quoi ?" On a une forme de pression parce qu'on ne veut pas décevoir tous ces gens qu'on a vus.

Foda C : Il faut assumer qui tu es et grâce à ça, les gens te donnent de la confiance. Comme je te disais, il y a un truc sur cet album qui est lié au burn out. Le fait d'en parler, ça te rend sain et humain.

Lujipeka : Ça ferait plus chier d'avoir un rôle parfois, de s'inventer un personnage et de ne jamais être soi-même. On parle juste de nous et c'est moins éprouvant. La sincérité est ce qui marche chez nous.

Vous décrivez la période en studio et d'enregistrement comme sombre et solitaire. Est-ce que c'est dur de faire des morceaux joyeux dans cette période-là ?

Lujipeka : C'est aussi lié à notre tempérament, on est assez mélancoliques et nostalgiques. La musique sert à sortir nos émotions tristes. Les parties positives, on les garde pour la scène et les moments entres potes.

Foda C : En France, t'as le sentiment que si tu fais des chansons délires et joyeuses, ça n'a pas de sens. Tu apportes plus en parlant de tes problèmes qu'en parlant de ton bonheur. Parfois, c'est dur d'écrire sur ton bonheur, bien plus dur que d'expliquer tes problèmes. Dès que j'écris des morceaux joyeux, j'ai l'impression de me trouver con. Le bonheur, c'est stupide.

Sur le titre Été Triste (sur "Enfants Terribles"), il y avait une référence à South Park et sur le nouvel album, il y a le morceau Bart Simpson. À choisir, vous êtes plutôt Simpson ou South Park ?

Lujipeka : Je suis un malade mental de South Park, je connais tous les épisodes. Mais les dernières saisons, les épisodes sont plus basés sur l'actualité et si t'es pas américain, tu t'y retrouves moins. Ça a perdu de sa folie. 

L'album "Adieu Bientôt" est disponible depuis le 28 septembre. Toutes les dates de concerts sont à retrouver ici

Crédit photos : Sophie Hemels 

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