Matthieu Gazier, l’homme derrière le succès de Benjamin Clementine

L’ascension de Benjamin Clementine, la découverte de Polo & Pan, les productions complétement folles de datA et Danger dans les années 2000 : voilà tout ce que l’on doit au boss d’Ekler'O'Shock, Matthieu Gazier. Jack l’a rencontré.

Le fait qu’un producteur français se fraie un chemin à l’international est déjà assez rare pour être salué. Et si en plus il remporte un Mercury Prize grâce à l’acclamé « At Least For Now » de Benjamin Clementine, c’est mot compte double.

Dans le cas de Matthieu Gazier, il y a encore un peu plus à applaudir : la création d’Ekler’O’Shock, un de ces labels qui redonnent foi en la qualité des productions françaises. Au début, en 2002, la structure n’est pourtant qu’un hobby pour le jeune Parisien, qui termine alors ses études de commerce et enchaine les jobs jusqu’en 2009 : stagiaire chez Ninja Tune à Montréal, quelques prestations en tant que DJ, attaché de presse pour l’agence Ping Pong – pour laquelle il gère la distribution française de disques estampillés !K7, Ninja Tune et Big Dada –, ou encore manager pour différentes sociétés spécialisées… dans les sonneries de téléphone portable.

« J’étais autodidacte, je ne connaissais personne et je signais des groupes via Myspace ou les forums.« 

Marché concurrentiel. « J’étais obligé de passer par ces différentes étapes avant de pouvoir me consacrer entièrement à Ekler’O’Shock en 2009, explique-t-il d’un air doux qui ne traduit aucune prétention. Avant, ça n’aurait pas été possible : Ekler’O’Shock est certes arrivé en même temps qu’Ed Banger, Kitsuné ou Institubes, mais je n’avais aucune expérience comparé à ces trois labels. J’étais autodidacte, je ne connaissais personne et je signais des groupes via Myspace ou les forums. » Le premier se nomme The Debug Tentative, un artiste montpelliérain dont l’album, « Crash and Beta », s’inscrit dans le sillage des productions signées Mo’Wax. Pour le second, c’est Matthieu Gazier qui raconte : « Au-delà des albums qu’il a enregistrés pour nous, ce qui est marrant avec Xerak, c’est qu’il s’est présenté dernièrement à La France a un incroyable talent et qu’il s’est fait traiter de merde par Dave à cause de son déguisement improbable et de ses paroles absurdes. »

XL Recordings en modèle. Au sein du catalogue d’Ekler’O’Shock, que Matthieu Gazier souhaite aussi éclectique que celui de XL Recordings ou Young Turks, on trouve également datA, « un artiste historique, qui nous a apporté une petite renommée à l’étranger dans les années 2000 », Nicolas Ker, « un de ces mecs qui changent toutes tes perspectives de vie », ou encore le groupe Limousine qui, à l’entendre, serait l’une des meilleures choses qui soient arrivées au label. « Ça a marqué notre entrée dans une nouvelle ère, avec une pop un peu plus écrite. »

Rencontre du troisième type. On pourrait également citer Tshegue, récemment signé, ou Polo & Pan, dont le premier album arrive en avril, mais l’homme qui a réellement permis à Matthieu Gazier de hausser les épaules au sein de l’industrie du disque n’est autre que Benjamin Clementine, qu’il rencontre en 2010 et qu’il finit par signer sur son deuxième label, Behind. « Je faisais une soirée à La Maison Muller, du côté de Montmartre. Je descends fumer une clope et je tombe sur un gars qui me dit qu’il est train de bosser dans son studio avec un Anglais repéré dans le métro, sur la ligne 2. Ce n’était pas ouf, mais Benjamin avait déjà une présence de dingue et un charisme qu’il a développé encore davantage lorsqu’il a délaissé la guitare pour le piano. » Pari gagnant : après cinq ans de développement et de petits concerts dans les bars et les galeries d’art parisiens, l’Anglais finit par tout rafler en 2015 avec « At Least For Now », certifié disque d’or.

Deux années et deux duos plus tard (l’un avec Aznavour, l’autre avec Gorillaz), Benjamin Clementine travaille actuellement sur son deuxième album. Matthieu Gazier, lui, ne fait pas de mystère quant à l’importance du nouveau chouchou de Damon Albarn dans sa carrière : « Ça aide à crédibiliser mon travail. Il y a huit ans, un label indé qui tentait de signer Danger lui avait dit qu’il avait fait une erreur en nous rejoignant, que l’on n’était que des amateurs. Aujourd’hui, grâce à Benjamin, un mec qui ne cesse d’élargir son public, en France comme à l’international, je suis nettement plus respecté. »

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