L'illustration du mois par Basile Di Manski

Musicien (chez Pain Surprise), artiste et fervent militant du port de la moustache, chaque mois Basile Di Manski nous offre un dessin et une histoire à raconter aux enfants que vous n'avez pas encore.

Avec la femme du futur

J’étais dans ma voiture, arrêté au feu rouge — c’était la fin de l’été et je regardais les filles passer sur le boulevard qui longe la mer. Il y en avait plus que d’habitude. Beaucoup plus.

On aurait pu dire sans exagérer qu’il y avait des filles à perte de vue. Elles marchaient toutes vers quelque chose de lointain qui les attirait comme un aimant. Quelque chose d’aussi magnétique peut-être que l’avenir. Quelque chose que je ne comprenais pas.

Il y avait des brunes, des blondes et cet infinité de nuances qui les sépare. Certaines étaient belles comme un coup de poing dans le ventre et d’autres tellement disgraciées qu’elles donnaient les larmes aux yeux…

L’une d’entre elles me dévisageait. Dans ses yeux j’ai cru lire tout ce que les femmes ont toujours voulu dire aux hommes — un vacarme qui disait tout à la fois l’affection, la rivalité, le désir, la rancœur, la distance, la tendresse, la haine. Mes yeux commençaient à saturer.

Libres, elles avaient chacune leurs raisons personnelles et leur propre étendard. Certaines agissaient par amour, d’autres par réflexe. Mais vue du ciel, cette masse de revendications hétérogènes formait une seule et même musique, une musique qui flottait dans l’air du soir, parmi les gaz d’échappement sur le boulevard.

Un homme me klaxonna, le feu était passé au vert pendant mon hébétement. Est-ce qu’il n’avait rien remarqué ? Non. J’étais peut-être trop curieux. Je continuais pourtant à suivre les femmes en roulant au pas.

Les femmes quittèrent les faubourgs à l’heure où les lampadaires s’allument en été – l’heure où les gens arrivent en nombre dans les bars avec les cheveux encore humides parce qu’ils viennent de prendre une douche. Ici et là, des hommes commençaient à se douter de quelque chose.

La procession allait bientôt atteindre le désert qui entoure la ville et j’avais déjà un goût de poussière dans la bouche. Les femmes étaient encore plus nombreuses qu’avant — c’était un roulement de talons, de sandales et de baskets.

Derrière le crépuscule on voyait une lueur immense et je compris que c’était là-bas qu’il fallait se rendre. Je finis par descendre de ma voiture et les femmes me laissèrent marcher avec elles sans trop faire cas de ma présence.

La lueur se rapprochait et ressemblait vaguement à une très grande silhouette vue de profil. Il commençait à faire une chaleur infernale. Autour de moi des femmes en sueur commençaient à se déshabiller et je marchais bientôt au milieu d’un millier de corps nus.

À mesure que l’on se rapprochait de la grande silhouette, je sentais que quelque chose en moi avait changé. Je n’étais ni plus fort, ni plus faible qu’avant, c’était autre chose. Je regardais les femmes et c’était moi que je ne reconnaissais plus.

On arriva au pied d’une grande silhouette incandescente. C’est elle, me dit une femme au corps luisant, c’est la Femme du futur. Puis elle tendit son doigt pour envoyer mon regard plus loin dans la nuit.

En faisant quelques pas de côté, je m’aperçus alors que la Grande Silhouette en cachait une autre de taille égale. L’autre silhouette se tenait à côté d’elle, à quelques mètres à peine et c’était celle d’un homme et je sentis qu’il allait bientôt prendre feu lui aussi.

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