Le "Tommy" des Who a 50 ans : retour sur le premier "rock opera" de l'histoire

Le rock opéra de The Who, sorti en mai 1969, a été une œuvre thérapeutique pour Pete Townshend ainsi qu’un disque majeur dans l’histoire de la musique.

Thérapie. Il fait partie, avec « Blonde on Blonde » de Dylan ou encore « Electric Ladyland » de The Jimi Hendrix Experience, des premiers doubles albums de l’histoire du rock. Nous sommes le 23 mai 1969 quand « Tommy », le premier rock opera de l’histoire (un chef-d’œuvre pour beaucoup) sort pendant l'année considérée pour beaucoup comme l’une des plus marquantes pour la pop et la musique en général. Et même si d’autres artistes ont ouvert la voie à d’autres manières de concevoir un disque, The Who veut avec ce disque changer la face du rock. L’œuvre sera grandiloquente, osée, théâtrale et épique. Mais aussi pompeuse (il faut se l’avouer) et relativement sombre. Mais elle permet surtout à Pete Townshend d’exprimer sa douleur pour la première fois dans un OVNI conceptuel et imaginaire pas si éloigné de la réalité.

Personnelle. Déjà, parlons de l’histoire du disque, malheureusement « proche » de l’enfance vécue par Pete Townshend. Tommy est un enfant qui devient sourd, muet et aveugle à cause de son père, que l’on croyait mort, et qui tue devant lui l’amant de sa femme (ça commence bien). Au cours de l’album, le petit est malmené par son cousin qui le noie dans la baignoire (une expérience que Pete a vécue avec sa grand-mère maternelle), prend du LSD avec une gitane (The Acid Queen), est abusé sexuellement par son oncle (le morceau Fiddle About, qui fait aussi écho à la propre enfance de Pete chez les scouts), devient un dieu au flipper (Pinball Wizard), retrouve ses sens (Smash the Mirror), fonde une religion et invite ses disciples dans un camp de vacance qu’ils finissent par détruire en se révoltant contre leur nouveau messie. Une histoire aussi folle que le disque.

Spirituel. Et si cet album est complètement fou, c’est aussi grâce (à cause ?) d’une personne : Meher Baba, un gourou indien qui prétendait être une réincarnation de Dieu sous forme humaine. Pete découvre Meher Baba en 1967 grâce à son ami Mike McInnerney et au moment d’écrire les chansons de « Tommy », le rock énervé de My Génération laisse place aux morceaux sur la spiritualité, la renaissance ou la réincarnation. 

Malgré tout, « Tommy » est un succès qui permet à The Who de prendre une ampleur sur la scène internationale. En concert, les performances sont dingues et le groupe arrive à percer aux États-Unis. Mais « Tommy » n’a visiblement pas plu à tout le monde. La BBC avait interdit d’antenne l’album et Bob Dylan aurait déclaré lors d’un concert : « J’ai un autre rendez-vous auquel je dois me rendre. » Une manière polie de dire qu’il n’était pas emballé par ce premier rock opéra. Faudrait lui demander, 50 ans après, s'il a toujours le même avis.

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