Le nouveau départ de Two Door Cinema Club raconté par le groupe

Les Nord-Irlandais sont de retour avec « False Alarm », un disque bien réfléchi et enregistré dans de bonnes conditions. Pourtant, c'était pas gagné.

Renaissance. En 2014, le leader du groupe Alex Trimble est au plus bas. Il a des problèmes avec l’alcool et sa santé ne lui permet plus d’assurer certains concerts. Deux ans plus tard, il se brouille avec le bassiste Kevin Baird, au point de ne plus se parler. Two Door Cinema Club décide alors de faire un break, nécessaire pour (re)trouver une vie plus normale, loin du rythme effrené imposé par l’industrie musicale. Une longue pause qui leur permet de renouer avec les choses essentielles du quotidien, et d’enregistrer « False Alarm », signe que la route ne s’arrête pas là pour Two Door Cinema Club. 

J'ai lu que vous aviez créé votre propre label. C'est vrai ?

Alex : Après dix ans, on voulait faire les choses par nous-mêmes alors on s’est associé avec notre équipe de management Prolifica pour créer un label, mais PIAS possède les droits de l’album. On a débuté sur un label indépendant, Kitsuné, puis on a signé sur une major et on s'est rendu compte qu'on était plus heureux sur un label indé. 

Ça vous donne plus de liberté ? 

Kevin : Avec une major, les équipes bougent sans cesse et même si ces personnes font très bien leur travail, on avait envie d'avoir un environnement plus stable autour de nous. On avait aussi envie d’avoir plus de temps pour réaliser ce disque. 

Alex : Les majors sont tentantes car elles ont plus d'argent. Ça veut dire que tu peux voir les choses en très grand et aujourd'hui, il faut se démarquer pour être vu. Mais on s'est rendu compte que le système des majors était rigide. Il y a beaucoup de règles à suivre, notamment sur comment et où va l'argent. Avec un label indé, et même si on a moins d'argent, on se sent moins limités et figés. On connaît les gens avec lesquels on travaille et cette relation de longue date nous permet d'être plus créatif, d'avoir une parole et de partager nos idées.

Vous avez donc fait l'album que vous vouliez vraiment, sans compromis ?

Alex : Ça fait 12 ans qu'on est ensemble et mine de rien, ça prend du temps de comprendre qui tu es et ce que tu veux. Avec nos vies, c'est encore plus compliqué. Pour cet album, je crois qu'on a essayé de ne pas se fier à ce qu'on connaissait déjà. C'est facile de continuer dans la même direction qu'avant, surtout quand tu as du succès. Mais c'est aussi facile de faire la même chose et d'échouer puisque qu'autour de toi, le monde et les modes évoluent. Donc autant prendre des risques et tenter des choses nouvelles. 

À l'écoute, ce disque pioche pas mal dans les 80's. Vous êtes d'accord ?

Alex : Oui, inconsciemment, l'influence est là puisque ce sont des musiques que j'ai écoutées durant l'élaboration de ce disque. Bowie a toujours été une grande influence mais aussi David Byrne des Talking Heads, Devo, etc. Ce sont des musiques subversives et un peu rebelles, mais aussi très pop et dansantes.

Vous êtes confiants ? 

Alex : C’est le premier sur lequel je n'ai aucun doute. Chaque artiste va douter lors de la sortie du premier album. Ensuite, pour le deuxième, tu espères faire aussi bien voire mieux que le premier et tu flippes. Le troisième pour nous s'est fait après une longue pause, donc fatalement, tu doutes. Mais pour celui-là, on se sent bien ensemble et dans nos vies personnelles.

Vous avez pris du temps pour vous reposer avant de faire ce disque. Qu'avez-vous fait de ce temps libre ?

Alex : Ça va te sembler ennuyeux. Dans un premier temps, on avait besoin de remettre de l'ordre dans nos vies. On a quitté l'école à 18 ans pour tourner à travers le monde et on n'a pas eu l'occasion de grandir d'une certaine manière. Personnellement, je me suis trouvé un appartement, j'ai repris contact avec des amis, j'ai appris à cuisiner... En gros, j'ai appris à prendre soin de moi. Petit à petit, j'ai repris une routine, j'ai redécouvert plein de musiques, j'ai voyagé, pris des photos. Ce sont des choses simples. 

Kevin : C’est très spécial. D’ordinaire, tu es toujours parti donc tu es la personne qui n'est jamais présente. Et d'un coup, tu deviens la personne qui est toujours là. Mais on avait besoin de ce repos. J'en ai profité pour reprendre le foot trois fois par semaine. 

Sam : Je suis retourné à Belfast et j'ai rénové ma maison avec un petit studio. J'ai aussi repris le foot.

Je ne trouve pas ça ennuyeux, au contraire. Vous avez l'image d'un groupe rock, souvent en tournée, etc., mais vous êtes aussi trois garçons tout à fait normaux qui jouent au foot le dimanche. 

Kevin : Tu essaies de nous rendre plus humain, c'est ça ? Au début, on ne pensait pas aux aspects négatifs d'être musiciens. J'ai toujours trouvé bizarre que l'on me traite différemment parce que je suis dans un groupe. On avait des personnes qui faisaient tout pour nous, qui nous « servaient » d'une certaine manière et j'ai souvent été mal à l'aise avec ça parce que j'avais l'impression d'être différent. C'est un peu bizarre de ne pas être vu comme d'autres humains par certaines personnes. 

Vous vous sentez mieux préparés aux tournées maintenant ? 

Alex : On a clairement appris de nos erreurs. Au début, on vivait la vie un peu cliché de sex, drugs and rock’n'roll, enfin, au moins l'un des trois. Mais on ne prenait pas soin de nous-mêmes. On essayait de faire des économies sur tout : le vol le moins cher, idem pour l'hôtel et ça nous a détruit de faire ça. On s'est dit qu'on pouvait mieux gérer ces trucs-là, comme prendre une journée de congé de temps en temps en tournée, se prendre un hôtel plus confortable, etc. Là encore, ce sont des choses simples, mais qui ont un impact réel sur la tournée et sur ton bien-être. 

C’est fini les années rock’n’roll alors ?

Kevin : En grandissant, tu acceptes aussi qui tu es et tu ne fais pas semblant d'être quelqu'un que tu n'es pas pour plaire aux autres.Très franchement, je ne suis pas rock'n'roll. Cette image doit changer car elle est dangereuse. Je pourrais me permettre d'être un vrai con grâce à cette image. Mais ça mène à plein d'excès. Tu sais, la question qu'on nous pose souvent, c'est : « Quelle est la chose la plus rock que vous ayez faite en tournée ? »

Alex : Durant des années, j'ai eu un problème avec l'alcool. Je demandais une bouteille de vin blanc au petit-déjeuner et les gens me l'apportaient. Personne ne remettait en question ma décision de boire dès le matin. Au lieu de me contrôler en quelque sorte, on me demandait si j'en voulais une aussi pour le déjeuner. C’est fou.

Kevin : Les gens s'attendent à ce qu'on soit des connards. Et ils sont surpris de voir qu'on est plutôt sympas. C'est offensant. On ne nous considère pas comme des humains, et on nous met sur un piédestal, que ce soit pour vendre des magazines ou pour perpétuer cette image rock qui fait rêver. Tu veux savoir ce que j’ai fait hier soir ? J'ai mangé de la mousse au chocolat au lit. Pas sûr que ça fasse vendre beaucoup de magazines. 

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