L'histoire du Xanax, la drogue qui a transformé les rappeurs des années 2010

Comme avec le LSD dans les années psychédéliques ou l'acid au croisement des années 1980-1990, le Xanax a profondément modifié le son des rappeurs au cours de la décennie qui s'achève.

How High. Histoire de calmer de suite les ardeurs de ceux qui reprocheraient à ce papier de faire l’apologie des substances illicites un rappel : oui, la drogue, c’est mal. C’est ce qui a provoqué le décès de nombreux musiciens cette décennie : Prince, Juice WRLD, Lil Peep ou encore Mac Miller. Reste que des questions s’imposent : la musique de Tame Impala serait-elle aussi fantasmagorique sans psychotropes ? La discographie de Vincent Delerm serait-elle moins monotone si on en consommait ? Le Xanax est-elle la drogue des années 2010, après le LSD dans les années 1960 ou l'acid dans les années 1990 ?

À cette dernière question, impossible de répondre par la négative. C'est notamment perceptible dans le hip-hop, où le rythme s'est ralenti, le flow alangui et les références aux drogues multipliées.

En quête d'apaisement. D’un point de vue purement scientifique, le Xanax est de la famille des benzodiazépines, synthétisés à la fin des années 1950 par un chimiste polonais (Dr. Leo Sternbach, pour info). Traduction : c’est un tranquillisant. Raison pour laquelle Drake dit en prendre avant de s'endormir, comme il le chante sur Sicko Mode, aux côtés de Travis Scott. Sauf que ce médicament crée une dépendance et un risque d'abus. Si bien que Doctissimo prétend qu’« une dépendance psychique peut survenir ».

Chez Future (Mask Off, la mixtape « 56 Nights » où, en 2015, il confiait prendre 56 comprimés de Xanax par mois), Lil Xan, Lil Wayne, Wiz Khalifa ou encore Lil Uzi Vert, elle crée aussi de nouveaux dogmes musicaux - un son moins nerveux notamment, plus poisseux. Et engendre de nouveaux paradigmes : « Quand j’ai commencé, tout le monde parlait d'histoires de gangsters, de fusillades ou de gangbangs, donc parler d'opioïdes et de pilules était ma façon de me démarquer, rappelait récemment Danny Brown à Dazed. Je savais que les gens pouvaient s'y identifier. »

Sex, drug & rap music. S'il existe bien évidemment des contre-exemples, comme le clip de Be Like Me où on voit Lil Pimp montrer à des étudiants comment faire de la lean, la plupart des morceaux n’ont pas pour ambition de venter la consommation - surtout au sein d'un pays, l'Amérique, où plus de 10 millions de personnes auraient abusé d'opioïdes en 2018... Il s’agit plutôt d'en parler comme une forme d'autodestruction, un moyen de chasser le spleen et de gérer le stress lié à un rythme effréné – celui des tournées, des promos, des réseaux sociaux et du matraquage médiatique.

« Je m’enfonce dans la noirceur, on pourrait parler d’addiction. J’ai l’impression d’être coincé dans une foule, je me rue sur le Xanax », rappe d'ailleurs Earl Sweatshirt sur Grief, ce genre de morceau qui partage la même moiteur qu'un appartement sans clim.

Paranoïa générale. Qu'il est loin le temps où le New York Magazine se montrait enthousiaste vis-à-vis du Xanax, une parade selon la rédaction permettant d'affronter la morosité quotidienne. Or, s'il réduit l'anxiété, ce médicament augmente aussi la paranoïa. Celle qui a irrigué au cours de la décennie les morceaux de dizaines de rappeurs, aussi bien musicalement (avec des beats plus angoissants, plus pesants) que lyricalement. Et là, c’est à Mac Miller, sur GO:OD AM, que revient le mot de la fin : « Ces pilules que je gobe, il faut que je mûrisse / Que j’admette que c’est un problème, il faut que je me réveille / Avant qu’un matin, je ne me réveille pas. »

  • Qui sommes-nous

    Pour en savoir plus sur JACK
    VOIR LA PAGE
  • Newsletter

    Le meilleur de JACK dans votre boîte mail

  • Contact

    JACK aime les projets, idées, remarques, mais aussi les câlins
    CONTACTEZ-NOUS