Jok’Air : "On est déjà au même niveau que Gainsbourg ou France Gall"

Un an après avoir séduit son monde avec « La mélodie des quartiers pauvres », Jok’Air débarque enfin avec son premier album, « Jok’Rambo » : un disque sensible, romantique et qui brouille encore un peu plus les frontières entre rap et chanson. Pour Jack, il s’explique.

L’album s’ouvre sur les chœurs d’une chorale et par un titre nommé Alléluia. La religion, c’est quelque chose d’important pour toi ?

Je n’adhère à aucune religion, je ne prie jamais et ne me rends pas dans des lieux de culte, mais je crois en Dieu. Pour le côté spirituel, notamment. C’est essentiel, selon moi, pour avoir du respect envers soi-même et envers les autres. Après, pour les intonations gospel de ce morceau, la raison est toute simple : je trouve que c’est un genre musical lumineux, qui donne de l’espoir. Ça m’a donc semblé important d’ouvrir mon album avec une note positive.

Est-ce que c’est un album qui a été facile à réaliser, dans le sens où tu t’éloignes clairement de ce que tu pouvais faire à l’époque avec la MZ ?

C’est clair qu’il n’y a plus trop de liens entre ce que je propose aujourd’hui et ce que je faisais avec mes gars il y a encore quelques années, mais ça reste moi. Pour tout dire, c’est même le projet le plus mature que j’ai pu réaliser. Pas forcément dans les textes, mais dans ma façon de chanter et d’approcher la mélodie. En 2017, j’ai pris des cours de chant deux fois par semaine, donc ça m’a aidé à progresser sur cet aspect.

Quand on entend ça, on se dit que tu es forcément d’accord avec ceux qui disent que le rap est devenu la nouvelle chanson française.

C’est clairement la musique la plus populaire à l’heure actuelle, mais, au final, on ne fait que vivre ce que les États-Unis ont connu il y a dix ans. Ça a mis du temps à s’installer ici, mais on peut enfin le dire : le rap touche désormais autant les jeunes que les personnes plus âgées. Sans se trahir pour autant. Les frontières entre rap et chanson sont certes plus floues, mais il suffit d’écouter le beat des morceaux pour comprendre que l’on est encore ancré dans le hip-hop. Tant que ça kicke, c’est que c’est du rap. Le reste, l’Auto-tune ou le chant, ce sont juste des moyens mis à notre disposition pour exploiter toutes les possibilités.

Dans différents morceaux, tu fais d’ailleurs référence à des standards de la chanson française : « Je ne reconnais plus personne en Harley Davidson » ou « c’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ». C’est une façon de dire que tu es au même niveau que ces artistes ?

Je n’essaye pas de le dire, on est déjà au même niveau, mec ! On crée de nouveaux standards qui touchent le cœur de milliers d’auditeurs. Mais bon, pour être honnête, c’est surtout un moyen pour moi de rendre hommage à ces artistes, de les respecter. Je cite également pas mal de rappeurs dans mon album, mais c’est vrai que j’aime l’idée de faire des références à des titres comme La groupie du pianiste, ce genre de tubes qui ont marqué plusieurs générations de Français.

Comment on fait pour parler d’amour en chanson aujourd’hui, sachant que c’est un thème omniprésent depuis plus d’un siècle ?

Tu sais, c’est un thème inépuisable. On vit par rapport à l’amour, on en a tous besoin, c’est ce qui prime dans nos vies. Il y a tellement d’expressions, d’émotions et de sentiments différents ou contradictoires pour l’évoquer que l’on n’aura jamais épuisé ce thème. Et puis, soyons honnête, je préfère ça que de raconter des histoires de haine.

Ta façon d’en parler est parfois plus crue, comme sur Cambrure

Tout simplement parce que ça me correspond. Parfois, j’ai envie de bisous et, d’autres fois, j’ai envie de baiser. Je n’ai pas envie de mettre de filtre dans mes pensées ou dans mes paroles. C’est ce qui fait qui je suis et j’assume totalement. Malheureusement, ça ne passe pas toujours bien. Le clip de Cambrure, par exemple, a été interdit au moins de 18 ans et je ne comprends pas pourquoi. Il n’y a pas de chatte ou de seins dans le clip… C’est dommage parce que c’est ce genre de manipulation qui pousse certains artistes à s’autocensurer. Quand tu penses que les clips de Mylène Farmer passaient à la télé à l’époque, c’est à se demander ce qu’il se passe en ce moment…

La voix du bloc, c’est ta nouvelle version de La mélodie des quartiers pauvres en fait ?

C’est exactement ça ! C’est d’ailleurs le premier morceau que j’ai enregistré pour l’album, celui grâce auquel j’ai bâti tout le reste. J’aurais pu le placer en première position d’ailleurs, dans le sens où je me présente beaucoup sur ce titre, mais il n’est finalement pas plus intime qu’un autre. Mon disque, c’est comme Black Mirror en réalité : les titres se suivent selon un ordre défini, mais ne sont pas des suites. Ce n’est qu’au dernier morceau que l’on comprend qui est l’enfoiré derrière tout ça.

Sur l’album, il y a un duo avec Madame Monsieur. Représenter la France à l’Eurovision, c’est quelque chose qui te tenterait également ?

Représenter la France, tout court, c’est quelque chose qui me plairait. Malheureusement, je crains que la France ne soit pas encore prête : parce que je suis noir, parce que je viens de cité, parce que je n’ai pas un message adapté aux ménagères… Un noir, aujourd’hui, doit savoir faire danser avec le sourire ou être poli en collant les pommes de ses mains sur sa poitrine.

Pour la petite anecdote, un média devait faire un reportage sur moi il y a quelques temps. J’étais le premier artiste français à jouer pour la réouverture du Bataclan après les attentats de 2015, mais le mec a préféré attendre que Big Flo & Oli le fassent à leur tour. Selon lui, ils avaient des têtes qui plaisaient davantage à la ménagère de moins de 50 ans…. On en est encore à ce stade-là aujourd’hui…

Crédits photos : Kemix

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