Jimmy Jay : "On a gâché quelque chose avec MC Solaar"

Après avoir affolé la planète rap avec MC Solaar, le producteur des mythiques "Qui sème le vent récolte le tempo" et "Prose Combat", revient sur l’histoire de ce morceau. Et sur celle qui le lie à Claude MC.

Qu’est-ce qui t’a motivé à mettre en ligne le morceau Sentinel Nord, issu des sessions de « Prose Combat » ?

Il n’y avait pas de motivation particulière, juste l’envie de partager un titre que j’ai beaucoup apprécié à l’époque. Pour tout dire, je n’avais que 200 amis sur ma page Facebook il y a encore quelques jours, donc je pensais simplement le partager à mes proches. Sauf que, dès le lendemain, je remarque que j’ai reçu plus de mille messages de sympathie pour MC Solaar et moi-même. Ça été une surprise totale.

Il a quoi de particulier ce morceau, selon toi ?

Pour moi, c’était la suite logique d’Obsolète, l’un des titres forts de « Prose Combat ». Il colle parfaitement à l’état d’esprit qui était le nôtre en 1994 et c’est ce que j’ai aimé lorsque je suis retombé dessus. J’en suis très fier, même si je me dis aussi que l’on a gâché quelque chose avec MC Solaar. Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les titres que l’on pourrait faire aujourd’hui si on avait continué à bosser ensemble.

Qu’est-ce que tu retiens, justement, de ces sessions aux côtés de MC Solaar ?

Beaucoup de bonheur et de créativité positive. De travail, également. Je l’ai déjà dit ailleurs, mais son écriture et sa façon de poser ses textes m’ont toujours surpris.

Il paraît que tu as financé ses deux premiers albums après avoir gagné à la loterie. Tu peux revenir sur cette histoire ?

Ça ne représentait pas beaucoup d’argent [300 000 francs, ndr], mais ça m’a permis de payer le studio d’enregistrement et du matériel pour réaliser au mieux les maquettes et les proposer ensuite à Polydor, qui a fini par financer la production de « Qui sème le vent récolte le tempo » en 1991. De mon côté, cet argent m’a également permis de produire « Les Cool Sessions » avec beaucoup d’artistes de talent.

Il y a toujours un conflit juridique autour des deux premiers albums de Solaar. Est-ce qu’ils seront réédités un jour, selon toi ?

Je n’ai été mis au courant de ce conflit qu’assez tardivement et c’est vrai que je trouve ça complètement dingue de bloquer la réédition de deux magnifiques albums. Pour ma part, j’ai donné mon accord à Universal pour que cela puisse se faire, mais je ne sais pas exactement ce qu’il en est. Peut-être que la balle est dans le camp de MC Solaar, aujourd’hui.

« Aujourd’hui, un ordinateur à 200 euros peut te donner l’accès à l’équivalent d’un mini-studio d’enregistrement, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années, lorsqu’un album te coutait minimum 50 000 euros. »

En dehors de ton travail aux côtés de MC Solaar, tu es également connu pour avoir concocté trois volumes des « Cool Sessions », qui ont révélé Les Sages Poètes de la rue ou Lady Laistee. C’était quoi l’idée au départ ?

J’ai toujours aimé découvrir de nouveaux talents, c’est une passion chez moi. Les « Cool Sessions », c’était donc une ambiance de découverte pour les artistes, je leur apprenais à se servir du studio, à enregistrer leurs voix, le mixage, etc. Bref, c’était l’occasion pour moi de les aider à réaliser un projet.

Quel regard tu portes sur le parcours des artistes que tu as soutenus au cours de ces « Cool Sessions » ? Il y a eu des trajectoires qui t’ont surpris ?

Il n’y a pas eu de trajectoire aussi impressionnante que celle de Booba, qui émerge grâce aux Sages Poètes de la rue, ou de Kery James, qui apparaît sur le premier album de MC Solaar, mais je trouve que certains ont fait des carrières impressionnantes. Je respecte ça !

On voit beaucoup moins de compilations de ce genre ces dernières années. C’est quelque chose qui te surprend ? Que tu regrettes ?

Je pense qu’il y a eu tellement de compilations très mal produites pendant un temps que l’on a fini par s’y perdre. Et puis la technologie a permis à tout le monde de produire un album, même si la plupart des gens oublient qu’il y a quand même une différence entre produire un album et le produire correctement. Aujourd’hui, un ordinateur à 200 euros peut te donner l’accès à l’équivalent d’un mini-studio d’enregistrement, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années, lorsqu’un album te coutait minimum 50 000 euros. Du coup, il y a moins d’intérêt à apparaître sur une compilation…

C’est ce qui a principalement changé, selon toi, entre tes débuts en 1989 et aujourd’hui ?

En quelque sorte, oui. Grâce la technologie, on peut aujourd’hui travailler très rapidement, chacun de son côté en s’envoyant par mail des idées, récupérer des voix, renvoyer un mix, etc. Ça permet une production ultra-rapide, ce qui n’était pas possible avant Internet. Et c’est tant mieux : je pense que le rap actuel est plus fort que jamais, il y a beaucoup plus de diversité aujourd’hui.

De ton côté, quelle est ton actu pour 2017 ?

Je suis en train de finaliser plusieurs albums, comme celui de Jennifer Kay, de Willy Roots, de Vic Macknewman, en attendant, je l’espère, un futur album avec Solaar. 

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