Comment la house rythme la vie des Sud-Africains

En Afrique du Sud, la house est une religion. Le nombre de producteurs explose et la créativité du genre aussi. Reportage.

House is in da house. Quand on débarque en Afrique du Sud, ça peut faire un choc. Dans les restos les plus calmes (en apparence), dans la rue, dans les commerces, aux mariages, même aux enterrements… La house est partout, tout le temps. Un vrai mode de vie. Les principales radios musicales la passent en boucle, plus que le hip-hop, les taxis la mettent parfois à fond. Ce qui est fou, c’est que cet habillage musical dont se parent toutes les grandes villes du pays crée un décalage entre ambiance chill ou cosy et musique aux BPM élevés. Au début, ça surprend, puis on s’habitue, puis on prend du recul en se demandant d’où peut bien venir cet amour fou entre la house et les Sud-Af’.

Drake approves this message. Master Cash est le DJ résident de Mzoli’s, ce mélange de boucherie et de club (oui, oui) installé au cœur du township de Gugulethu, à Cape Town. Devant l’établissement, il confie : « Ici, les gens viennent manger et danser en même temps. On fait tout le temps ça en Afrique du Sud, c’est complètement normal. Et la house est tout le temps là, c’est comme une religion. Moi qui suis pourtant plus dans l’abstract hip-hop à la base, j’en passe énormément et dans tous mes sets. » D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le musicien sud-africain qui s’exporte le mieux actuellement est DJ et producteur de house. Black Coffee, originaire de Durban, à l’est du pays dans la KwaZulu-Nation, est aujourd’hui le boss du genre. Surtout depuis que Drake a repris le beat de son titre Superman et que son remix d’Alicia Keys a cartonné dans un paquet de pays.

Les autres grands noms actuels s’appellent Spoek Mathambo, Mo Laudi, Felix Laband, Floyd Lavine, mais aussi Oskido, DJ Monde, Greg Maluka et Iggy Smallz pour les plus vieux ou décédés. Et tous déchirent.

Une house plus abordable. Si la house est si bien implantée, c’est en partie parce que les block parties locales, les six-to-six (débutant à 18h et finissant à 6h) ont été extrêmement populaires dans les townships du pays dans les années 1990. Et comme lors de la grande époque des sound systems jamaïcains, les DJ se tirent la bourre sur celui qui trouvera LA nouveauté qui tue. Par chance, la house de Frankie Knuckles et du label Warehouse s’est toujours très bien importée. That’s The Way Love Is de Ten City ou encore Show Me Love de Robin S deviennent des classiques et commencent alors à rythmer la vie des Sud-Africains. Si le kwaito, aux rythmes différents, se met aussi à squatter la vie quotidienne, la house prend vite le dessus. Et dans le pays, elle ne connaît jamais la marginalité qu’on a souvent accordée aux musiques électroniques en Occident. La house sud-africaine est musicalement passe-partout, très smooth. Après les townships, logiquement, les centres-villes, à priori plus tranquilles, sont pris d’assaut par le mouvement.

Les petits producteurs. Au début des années 2000, l’influence d’Internet change la donne, comme partout. L’accès à la house venue des USA et d’Europe est facilité, tout comme les modes de production et de partage de la musique électronique. L’Afrique du Sud, c’est le pays des petits producteurs. Pas ceux qui cultivent maïs, sorgho et avocats, mais ceux qui, depuis toutes les grandes villes, commencent à créer une gigantesque ébullition électronique qui traverse définitivement les frontières avec le tube Township Funk de DJ Mujava en 2008. Le documentaire Sound of Mzansi, réalisé par Spoek Mathambo en 2015, montre bien cette effervescence créatrice venue des quatre coins du pays. Mais pour constater l’ampleur du phénomène, le mieux est de se rendre en Afrique du Sud et de tendre l’oreille.

Vous aimerez aussi

  • Qui sommes-nous

    Pour en savoir plus sur JACK
    VOIR LA PAGE
  • Newsletter

    Le meilleur de JACK dans votre boîte mail

  • Contact

    JACK aime les projets, idées, remarques, mais aussi les câlins
    CONTACTEZ-NOUS