Franchement, que vaut le nouvel album des Raconteurs ?

Comment revenir sur le devant de scène lorsque votre dernier album date de 2008, que onze ans sont passés et que les vrais rockeurs ressemblent désormais à des survivants errants dans un monde gavé à l’Auto-Tune et aux morceaux compressés pour les écouteurs d’iPhone ? Jack White, dernier dinosaure d’une époque où l’on pouvait écouler des millions d’exemplaires grâce à une six-cordes, a la réponse : « Help Us Stranger », troisième album des Raconteurs. Maintenant, la critique.

Sommes-nous en 1974 ou en 2019 ? Pas besoin d’attendre la fin de ce papier ou du disque pour répondre à cette question : Jack White s’en fout. C’est ce que semble indiquer ce feu vert illustrant la pochette de « Help Us Stranger », véritable disque de rock qui sent la botte en croco et le cuir et que sa bande, composée de Brendan Benson, Patrick Keeler et Jack Lawrence, livre sans aucun complexe ni état d’âme dans un monde qui n’attend plus rien d’eux.

En conséquence, les Américains désormais outsiders – comme Jack White sans les White Stripes finalement – sonnent la cavalcade sans trop réfléchir et le résultat est comme dit précédemment intemporel. La première écoute de cet album qu’on croirait adressé à Donald Trump et son mur mexicain donne rapidement l’impression qu’il aurait pu être publié à la même époque que les disques des Stones, Clapton et Neil Young. Mention spéciale 1974 sur le titre Live a lie.

Les fans français qui ont pu voir le groupe sur scène (à l’Olympia) avant même la sortie du disque le savent : White est désormais son propre patron, et personne ne saura lui dicter les règles à suivre. Après avoir transformé la rançon du succès en énorme joujou industriel (son label-salle de concert-usine de pressage Third Man), l’Américain aux cheveux gras a finalement décidé d’ouvrir le placard des Raconteurs. On aurait pu craindre une redite, voire un mauvais retour, il n’en est rien. Dès le début, sur Bored and razed, c’est le son du clairon, l’attaque du Fort Alamo. Il est de plus en plus rare d’entendre des parties de batterie mixées si en avant sur un album de rock, et même de plus en rare d’écouter un disque de rock tout court.

Libéré, délivré, de toutes contraintes depuis déjà très longtemps, Jack White semble encore plus à l’aise que sur ses propres disques solos ; moins tenté de verser dans le tout expérimental pour prouver qu’il n’y aura plus jamais de Seven Nation Army. Les chansons de « Help Us Stranger » y gagnent donc en épaisseur, en efficacité et le tout s’avale comme une bonne rasade de whisky. De la piste d’ouverture Bored and Razed, du genre plutôt sauvage, jusqu’à la piste 4 Only child, dans l’ambiance ballade touchante pour calmer la fougue de ceux qui voudraient casser le saloon, c’est un sans faute.

Pas une limonade rock. Tous les morceaux ont été écrits par Brendan Benson et Jack White, à l’exception de la reprise pas indispensable de Donovan (Hey Gyp) et le tout a été enregistré dans l’usine Third Man de Nashville, QG de White depuis une dizaine d’années. Arrivé à la moitié du disque, on sent comme un petit coup de mou. Il y a Shine the light to me, un titre remplissage qui permet tout de même de pointer que le tracklisting à 12 morceaux est rarement une bonne idée. Mais aussi le très George Harrisson Somedays (I don’t feel like trying), où les Raconteurs chantent qu’ils ne sont pas encore morts. La fin du disque, elle, retrouve un peu de couleurs à partir de Live a lie et surtout What’s yours in mine. On sort de cet « inconnu » avec l’impression agréable que depuis 2008, date de la sortie de « Consolers of the Lonely », rien n’a changé. C’est peut-être la plus grande force de « Help Us Stranger » : résister à la tentation de la modernité ambulante pour se concentrer sur l’essentiel, soit une poignée d’instruments branchés sur 220 volts.

La seule erreur de ce disque, peut-être, restera sûrement cette pochette hideuse, parmi les plus laides de l’année 2019. Certainement le péché mignon de White, encore trop traumatisé par le succès pour se « risquer » à un produit trop parfait. « Help Us Stranger » raconte tout cela, et un peu plus.

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