Faut-il vraiment écouter le "Hyperion" de Gesaffelstein ?

Après six ans d’attente, le plus américain des producteurs électroniques (avec les Daft et Justice) livre enfin sa deuxième copie. De quoi se demander si "Hyperion" méritait tant d’attente. Passage complet du disque au scan.

Le rêve américain. Le nombre de groupes français capables de rivaliser avec les grosses pointures américaines se compte sur les doigts d’une seule main. En vingt-cinq ans, depuis l’apparition de la French touch (et le déclic des Américains sur le fait qu’il existait quelque chose de l’autre côté de l’Atlantique), quelques-uns ont réussi à faire oublier leur identité : on pense aux Daft Punk, bien sûr, à Justice (souvent comparé, à tort, à Bangalter et Guy-Man) et, plus récemment, à Gesaffelstein. Drôle de parcours pour ce Lyonnais qui, pourtant, n’a qu’un seul album à son actif (« Aleph », en 2013) et qui a réussi à se placer sur les disques de Kanye West (deux morceaux sur « Yeezus »), mais aussi d'A$AP Rocky (sur la B.O. de Divergent, 2014) ou encore avec son BFF The Weeknd sur l’EP "My Dear Melancholy" (en 2016).

Rares sont les Français à avoir gravi si rapidement les marches vers Hollywood. Et c’est ainsi qu’auréolé de son statut d’Hedi Slimane de la techno, Gesaffelstein a décidé d’opter pour une technique bien rodée : la disparition.

Six ans d’attente. S’il a été productif pour les autres, Mike Lévy s’est fait bien discret pour lui-même. Jusqu’à octobre dernier, où il a annoncé son propre transfert de chez EMI à la major voisine, Columbia. La classe américaine en somme, suivie par l’annonce de ce deuxième album, "Hyperion", savamment teasé sur des panneaux publicitaires à Miami (Dunkerque et Marseille, forcément, étaient moins sexy) et via une poignée de singles dont Reset qui annonçait à lui seul le gros virage à venir.

Un air de déjà vu. Pas de promo, peu d’images, la majorité des médias ont dû se contenter, comme tout le monde, d’attendre la date de sortie officielle pour juger du tant attendu deuxième album. Ce qui, finalement, est tant mieux. Tout le monde logé à la même enseigne. N’en reste pas moins que « Hyperion », une fois chargé, manque quelques cibles. La surprise tout d’abord : la présence de Pharrell (sur l’un des rares vrais bons morceaux de l’album, Blast Off) et de The Weeknd n’a rien d’original ; les Daft Punk l’ont déjà fait. Quant au featuring avec HAIM sur So Bad, il est hélas inutile. Reste donc Gesaffelstein face à lui-même sur le reste d’un album plutôt court. Et sans réels moments forts, épiques. À l'image de la pochette, c'est un peu figé.

Un disque pensé pour le marché américain. Obsédé par le mode de vie américain, peut-être, Gesaffelstein semble avoir oublié que si les French producers plaisent tant là-bas, c’est grâce à leurs différences culturelles ; un Mr. Oizo ne sonne pas comme Skrillex, de même qu'un David Guetta n’est pas DJ Khaled. « Je ne suis pas banquier, je ne suis pas boulanger. Je fais quelque chose qui s’appelle de l’art et qui est quelque chose d’un peu fantasmagorique », déclarait le principal intéressé, voilà quelques années à Tsugi. On ne peut s’empêcher, au bout du très long final de Humanity Gone, que le vrai sacre artistique devra attendre encore un peu.

Sans être vraiment raté, "Hyperion" est loin d’être "hyper bien". Toutes les têtes se tournent désormais vers SebastiAn, attendu lui aussi en 2019, afin de savoir si un Français saura surprendre la planète électronique.

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