En écoute : le nouveau Salut C’est Cool, moins cool que génial

C'est jour de sortie pour les enfants malades de la pop française : « Maison », le nouvel album, vient de paraître chez Pain Surprises. Merci d’enlever vos chaussures avant d’entrer dans ce vortex géant.

« Salut c'est cool est un groupe de quatre musiciens français d'origine parisienne. Souvent associé au mauvais goût, au kitsch et au ridicule, le groupe précise pourtant ne pas les revendiquer. » La phrase est extraite de la page Wikipédia consacrée à Salut C’est Cool, c’est même la première chose qu’on peut lire et, une fois n’est pas coutume, c’est un sacré bon résumé de la « carrière » de James Darle et ses copains.

Sauf qu’à l’inverse de Sexy Sushi, groupe dont s’inspirait les garçons à leurs débuts, Salut C’est Cool est depuis devenu plus populaire que ces derniers, et ce sans jamais dévier de sa trajectoire « méta ». Pas de concession, pas de placement  deproduit avec des marques d’eau gazeuse et certainement pas d’album de la maturité, comme c’est souvent le cas dans l’industrie du disque (ou ce qu’il en reste).

Ce constat, on peut le faire dès la piste d’ouverture de « Maison », où Salut C’est Cool enchaine les associations d’idées illogiques (« cheveux de lait de crevettes sur son lit carottes cumin », « bulle de poivron sur parmesan écumeux ») pour annoncer son menu chelou. La suite, ce sont 15 titres venus d’une autre dimension où Jean-Jacques Perrey côtoie Gigi d’Agostino et Anne Laplantine – cette dernière étant l’une des musiciennes expérimentales les plus passionnantes des années 2000.

Le « no reason », si cher à Quentin Dupieux/Mr. Oizo, prend sur « Maison » sa pleine mesure. À l’instar d’une nouvelle génération de musiciens parmi lesquels Vladimir Cauchemar, Flavien Berger (leur pote) ou Jacques (chez qui le disque a été enregistré), Salut C’est Cool confirme en 2019 tous les espoirs placés en eux depuis un bail ; il y a certes des chansons épileptiques (Bout de bois ou Visions, taillées pour le 4 heures du matin) mais aussi quelques perles comme Les chasseurs d’éclipses (qui évoque la folie Philippe Katerine) ou Faire sécher mes cheveux au soleil, petite comptine de milieu d’album pour reprendre sa respiration.

À sa façon, « Maison » ressemble à un autre album sorti récemment sur le label Born Bad, Chevance ; une compilation de musiques pour enfants pas débiles où il est question d’éduquer les adultes de demain avec autre chose que des « bla bla bla » rudimentaires.

De ce point de vue, « Maison » marque un tournant décisif dans la musique française de la fin de cette décennie : voici peut-être le premier album qu’on écoutera à petite dose, pas parce qu’il est médiocre, mais parce qu’à l’inverse il est trop exigeant pour la vie de tous les jours et ferait presque, à force de punchlines faussement débiles, trop réfléchir. Tout cela est évidemment à prendre avec des pincettes : passé minuit, et pour peu que vous ayez bu autre chose que de l’eau plate, il s’avèrera indispensable.

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