Earl Sweatshirt est-il meilleur que Tyler, The Creator ?

La raison de cette question racoleuse ? La sortie de « Feet Of Clay », nouvel EP du rappeur californien qui, l'air de rien depuis la fin d'Odd Future, se construit une solide carrière solo.

C’est le côté obscur... Si l'on devait s'amuser à schématiser (avec les stéréotypes que cela implique), on dirait que Frank Ocean incarnait la sensibilité d'Odd Future, ses élans presque romantiques, tandis que Tyler, The Creator représentait, lui, sa folie, son extravagance créative. Tout était bien évidemment plus complexe que ça, mais ces deux catégories permettent néanmoins d'en créer une troisième, dédiée à Earl Sweatshirt, incarnation évidente de la partie sombre du collectif californien.

Précisons, par exemple, que le bonhomme abordait la perte de sa grand-mère, une rupture compliquée ou encore les affres de la célébrité sur son deuxième album, « I Don't Like Shit, I Don't Go Outside », paru en 2015.

Radical. Avec de tels thèmes, ainsi qu'une esthétique musicale nettement plus austère et torturée, pas étonnant qu'Earl Sweatshirt soit moins identifié du grand public que ses compères (Tyler et Frank Ocean, donc, mais aussi Syd). Ça ne l'a pourtant jamais empêché de toucher le cœur des médias et d'un grand nombre de puristes ; en 2015, « I Don't Like Shit, I Don't Go Outside » s'était ainsi classé troisième au top iTunes, juste derrière Kendrick Lamar et Action Bronson.

De plus, le Californien a toujours profité de cette position légèrement en retrait pour expérimenter les marges, là où ses beats ténébreux et sa vision noircie de Los Angeles prend tout son sens. Avec, c’est là sa principale singularité, le soutien infaillible des maisons de disques, toujours prête à soutenir ce hip-hop censé extéroriser ses névroses. Après avoir publié trois albums chez Columbia, Earl Sweatshirt vient ainsi de rejoindre Warner, et c’est avec un EP tout aussi défoncé (par l’odeur de marijuana, par l'accumulation de textures sonores) qu’il annonce cette nouvelle ère : « Feet Of Clay ».

Génération dorée. Au sein de ces sept titres relativement courts (seul 4N dépasse les 2 min 30), aucun tube, ni mélodie évidente. L’ambiance est lourde, pesante et reflète quelque chose de très instinctif, punk (autrefois, Earl Sweatshirt avait d'ailleurs repris Decades de Joy Division), en phase avec l’idée que l’on peut se faire d’un terme tel que « DIY », c’est-à-dire une musique relativement brute, insaisissable, qui tourne le dos à toute forme de définition.

Au fond, on ne saura jamais si le fait d'avoir été envoyé dans un centre de rééducation par sa mère au début des années 2010 a pu perturber la suite de sa carrière – sachant qu’au même moment, Tyler, The Creator et Frank Ocean accédaient à la reconnaissance en solo. Mais ce « Feet Of Clay » prouve en tout cas, à l’instar d’« Igor » et de « Blonde », que les ex-kids d’Odd Future maitrisent totalement ce qu’ils font. Ou du moins savent à quel point ils font du hip-hop un truc de malade, toujours plus ouvert et imprévisible.

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