Donny McCaslin, le dernier souffle de Bowie

Le saxophoniste au souffle libéré sur « Blackstar », le dernier album de Bowie, c’était lui. De Passage à Paris, nous l’avons rencontré.

L’album « Blackstar » de David Bowie avait surpris à sa sortie : encore une fois, le caméléon pop avait réussi à se réinventer en s’accompagnant cette fois d’un groupe de jazz new-yorkais mené par le saxophoniste Donny McCaslin, trois fois nominé aux Grammys pour ses solos. Il jouait récemment avec son quartet au fameux club parisien le Duc des Lombards pour accompagner la sortie automnale de son album « Beyond Now », sur lequel ses intenses compositions côtoient des reprises de Deadmau5 et de David Bowie. Toujours hanté par la disparition de dernier, il nous a raconté leur passionnante collaboration sur « Blackstar ». Et comment continuer à vivre, après.

Qu’est ce qui a changé pour vous depuis la première fois où David Bowie est venu vous voir jouer dans un club de jazz avec votre groupe ?

Tellement de choses… Vivre l’expérience de « Blackstar », avoir été si proche de la musique et du processus d’écriture de Bowie, ça a été d’une grande inspiration. Quand j’ai écrit mon album « Beyond Now », sa manière d’aller au bout de sa vision artistique sans faire de compromis était encore fraîche dans mon esprit. C’est ce à quoi j’ai toujours aspiré. Mais voir Bowie réussir cela à 68 ans, sans aucune concession, c’était très inspirant.

Vous improvisez beaucoup sur scène, était-ce aussi possible en studio avec lui ?

Oui, absolument : il nous donnait de l’espace, nous invitait tous à jouer ce qu’on ressentait comme étant le plus approprié. Ceci dit, toutes les chansons qu’il nous avait données à travailler étaient déjà très fortes. En studio, David avait donné le ton dès le départ pour que tout le monde se sente à l’aise. On a beaucoup ri aussi, car il avait un super sens de l’humour, tout comme notre bassiste Tim Lefebvre. Et puis on parlait de tout, de livres, de films, de musique, du monde, de politique. Il y avait beaucoup de joie et je me souviendrai toujours de la joie sur son visage quand on arrivait à la prise finale. J’ai lu beaucoup de gens écrire que Lazarus était une chanson d’adieu, car évidemment il est question de mortalité, mais il parlait aussi d’enregistrer plus, il avait peut-être même commencé à écrire d’autres chansons.

David Bowie, vous le répétez, vous a beaucoup marqué. Que pensez-vous avoir apporté de votre côté à son dernier album ?

Il cherchait un groupe de jazz d’après ce que m’a dit Tony Visconti [producteur historique de Bowie, ndlr] et on m’a recommandé à lui suite à mon travail avec Maria Schneider. Je pense qu’il était attiré par notre musique car nous sommes une sorte de groupe d’avant-garde, qui explore les intersections entre l’improvisation et la musique électronique. On repousse certaines barrières et je crois que David cherchait ça pour « Blackstar ». J’ai reçu les titres trois mois avant qu’on ne les enregistre et j’ai voulu les apprendre à l’envers pour être libre d’improviser et de m’exprimer autant que possible.

Le saxophone semble connaître un nouveau souffle en ce moment, avec par exemple Kamasi Washington. Y voyez-vous aussi de nouvelles promesses ?

Il y a de nouvelles possibilités et je pense que « Blackstar » ouvre des perspectives intéressantes, des collaborations à imaginer, dans le hip-hop aussi. Il faut juste se demander combien de gens vont se lancer, faire ces connexions.

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