Declan McKenna incarne la jeunesse consciente d’Angleterre

Sous ses airs d’adolescent innocent, Declan Mckenna a plus de choses à dire que la majorité des jeunes de son âge. À peine majeur, il raconte l’absurdité du monde dans ses chansons, a déjà foulé la scène de Glastonbury et sortira son premier album au printemps. Rencontre avec cet ado qui n’a pas la langue dans sa poche.

Pas trop dur d’être plongé dans l’industrie musicale ?

C’est mieux que d’être à l’école ! D’ailleurs, j’ai arrêté les cours quand j’avais 16 ans. Je pense que c’était une bonne décision car j’apprécie de pouvoir faire exclusivement de la musique. Parfois, certaines choses me manquent, comme voir mes amis ou ma famille autant que je le voudrais. Mais j’ai l’opportunité de faire ce que je veux, donc je n’ai pas trop à me plaindre.

Tu as été révélé à Glastonbury lorsque tu avais 15 ans, lors d’un tremplin. Ça fait quoi de fouler la scène d’un tel festival aussi jeune ?

Je n’attendais pas grand-chose de mon inscription à cette compétition. J’avais l’habitude de faire ce genre de tremplins, sur d’autres petits festivals. Un beau jour ça s’est fait à Glastonbury et je me suis retrouvé à jouer devant 6000 personnes. C’était assez fou, autant d’y jouer que de voir tous les autres groupes se produire dans ce festival géant. À la fin du week-end, j’ai gagné 5000£ et j’ai été signé chez Columbia Records. Ça n’est jamais arrivé à quelqu’un d’aussi jeune auparavant, c’est assez dingue. Je ne sais pas, peut-être que j’étais encore mignon quand j’avais 15 ans, ahah !

Ta carrière a vraiment démarré avec ta chanson Brazil, qui parle de la corruption de la FIFA lors de la précédente coupe du monde de football. Tu as une autre chanson, Paracetamol, qui parle des difficultés que peuvent rencontrer les gens face au genre. C’est un choix de parler de sujets aussi sérieux ?

Je les ai écrites à 15 ans, avant Glastonbury. À l’époque, je pensais que personne ne les entendrait et ce n’était pas dans l’optique de faire réfléchir les gens. C’était surtout pour retranscrire en musique ma réaction face à des sujets qui me parlaient. D’autant plus que je n’avais pas trop de sujets personnels sur lesquels écrire, à part l’école, ce qui n’est pas foufou. Donc le choix s’est vite fait. Ce sont des thèmes qui suscitent un intérêt émotionnel quand on y pense. Je réfléchis pas mal à tout ça, tout en essayant de ne pas trop me prendre la tête pour que ça donne des chansons simples et agréables à écouter, sans être pleurnichard. Pour moi, c’est assez difficile de ne pas parler de ces choses-là, quotidiennement relayées en masse sur Facebook et à la TV.

« Je fais partie d’une génération qui ne peut pas encore voter et qui n’a pas vraiment son mot à dire sur le Brexit. »

C’est marrant, parce que ta chanson Isomboard fait partie des musiques utilisées dans FIFA 17…

Oui, c’est plutôt ironique. Mais j’avoue jouer à FIFA depuis que je suis jeune et je suis plutôt honoré de retrouver une de mes chansons dans un de mes jeux favoris. Pour revenir à la chanson, elle m’a été inspirée par un poème de E. E. Cummings, qui racontait comment un politicien trébuchait dans les mots utilisés dans son argumentaire [coucou la #Presidentielle2017, ndlr]. J’ai essayé de transposer cette idée à notre époque, sur la propagande faite par la télévision et la manière dont elle présente la police, notamment.

Tu es un peu comme un jeune Bob Dylan, dans la manière de composer et de parler des choses. Pour rebondir sur ton dernier single, pourquoi les enfants ne veulent pas rentrer à la maison ?

Je fais partie d’une génération qui ne peut pas encore voter et qui n’a pas vraiment son mot à dire sur des choses comme le Brexit par exemple. Mais aussi par rapport aux zones de guerres, par rapport à Trump… Dans cette chanson, la maison représente le monde en fait, et donc toutes les choses face auxquelles de jeunes innocents comme moi se disent : « Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne veux pas faire partie de tout ça. » C’est très subjectif, mais le monde est fou. C’est un peu comme quand on demande à un enfant de rentrer chez lui alors qu’il est en train de jouer au football dehors avec ses amis. C’est un constat qui dénonce l’hypocrisie du monde, des choses arbitraires qui nous sont imposées. Je pense que les jeunes générations peuvent faire changer les choses, mais elles n’en ont pas encore, concrètement, la possibilité.

Il y a un artiste en particulier auquel tu t’identifies ?

Un des compositeurs les plus puissants selon moi est Jeff Buckley. Ses paroles, sa manière de jouer de la guitare, ses arrangements… Même s’il parle de choses dépressives, il avait cette conviction en lui qui fait que sa musique est incroyable en toute circonstance. J’aimerais bien devenir comme lui.

À moins de 20 ans, tu sembles bien rebelle. Est-ce que d’ici tes 25 ans tu vas former un groupe de punk ?

Non, je ne pense pas. On dit beaucoup que le punk va revenir à cause de son aspect politique et de tout ce qui se passe en ce moment. Le punk est un mouvement qui a eu lieu il y a quelques années et qui existe encore. Je pense qu’il y aura un mouvement similaire d’un point de vue politique mais différent musicalement. Qui sait ? J’en ferai peut-être partie.

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