De Metallica à Booba, l'histoire du leak dans la musique

Après la fuite de son nouvel album, « Trône », Booba en a avancé la sortie à ce vendredi 1er décembre. S'il est monnaie courante aujourd'hui, cela fait pourtant vingt-cinq ans que le "leak" sévit dans la musique. Retour en arrière.

Les Depeche Mode en avance sur leur temps. Ces cinq dernières années, on a comme la drôle d’impression que la mode est à la fuite des albums sur les plateformes de téléchargement illégales plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant la date de sortie officielle. À tel point qu’on pourrait croire que certains artistes l’utilisent pour booster l’écho de leur nouveau produit. Pourtant, le leak ne date pas d’hier mais de… 1993. Dans son bouquin MP3 : The Meaning of a Format, sorti en 2012, Jonathan Sterne raconte que l’album des Depeche Mode, « Songs of Faith and Devotion », s’est ainsi retrouvé disponible sur un chat de fans, dans un format qui ferait passer le Mp3 pour le nec plus ultra des audiophiles, le MPEG-1 Audio Layer II.

À l’époque, la compression digitale en est à ses balbutiements, et le label floué, en l’occurrence la Warner, est bien loin de l’état de panique dans lequel il se trouvera quelques années plus tard devant le phénomène du téléchargement illégal massif. Ce n’est qu’en 1997 que les professionnels du milieu commenceront à flipper.

Le bateau prend l’eau. C’est cette année-là que la RIAA (Recording Industry Association of America) porte plainte et fait condamner les créateurs d’un forum universitaire sur lequel des étudiants s’échangeaient des fichiers de chansons de Céline Dion et des Beatles. En Hongrie, l’album « Pop » de U2 fuite avant sa sortie, tout comme le nouveau single de Madonna, Frozen, prévu pour la Saint-Valentin (et qui sera disponible en pirate dès janvier). Déjà, le bateau prend franchement l’eau, moment généralement choisi par le capitaine pour prendre des mesures drastiques pour colmater les brèches. Une série de lois initiées par l’administration Clinton voient le jour, sans effet immédiat.

Méchants fans. L’année 2000 est une date charnière. Napster, pionnier dans le peer to peer, voit le jour. En même temps, le nouveau single de Metallica fuite (depuis Napster, d’ailleurs), puis le nouvel album de Radiohead, « Kid A ». C’est là que l’industrie musicale prend les choses en main et accepte le tournant qu’elle subit : « Kid A » est offert en streaming gratuit sur mille sites internet de musique. La suite, on la connaît, dans les grandes largeurs.

L’explosion du téléchargement illégal torpille les majors, un disque qui fuite est un disque qui aura des ventes faibles… « Icky Thump » de Jack White, « Flying Club Cup » de Beirut figurent parmi les cas les plus connus, tout comme « Strawberry Jam » d’Animal Collective, qui avait fuité sur un site de fans, poussant le groupe et son label à cesser toute interaction avec cette communauté. Depuis cinq ans, on compte Beyoncé, Jay Z, A-Trak, Phoenix, Damso, Taylor Swift, Damien Saez, les Daft Punk… Personne ne semble être à l’abri du leak. À tel point que certains ont fini par en faire, jamais ouvertement, une stratégie de com’. Dernier en date en nos contrées, Booba, qui a finalement décidé d’avancer la sortie de « Trône » au vendredi 1er décembre. Pile dans l’une des semaines les plus prisées par les maisons de disques pour sortir les projets. Bizarre…

https://twitter.com/Ismvil/status/935391914840481792

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