Dans la tête de Johan Papaconstantino, le plus bel outsider de la pop française

Quelques semaines après la sortie de « Contre-jour », son premier EP, Johan Papaconstantino a pris le temps de revenir sur sa conception et de teaser la suite. En bonus, le Français en profite pour parler des comptines pour enfants.

Depuis la sortie de « Contre-jour », tu as l’impression que beaucoup de choses ont changé, que l’on te prête beaucoup plus d’attention ?

L’EP est certes sorti officiellement en début d’année, mais il était déjà disponible sur YouTube et Soundcloud l’année dernière. Donc ça n’a pas tout chamboulé dans ma vie. Cela dit, c’est vrai que, peu à peu, je sens un intérêt autour de moi, des gens prêts à m’aider, me soutenir et m’encourager. Ça fait plaisir parce qu’à la base, honnêtement, je n’avais pas prévu de bosser sur de vrais projets, je voulais simplement publier des morceaux de mon côté. Maintenant, je suis entouré d’attaché.e.s de presse et de managers, et c’est une bonne chose. Ça me laisse du temps pour la peinture.

Dans le clip de Purple, on te voit au sein de ton atelier. C’est celui où tu vis aujourd’hui, à Saint-Ouen ?

Non, c’est un ancien celui-là, dans le 18ème arrondissement parisien. Celui de Saint-Ouen, ça doit faire un peu plus d’un an que j’y suis, même si je vis depuis six mois dans un appartement juste à côté. C’est un peu plus confort, et ça me permet de continuer à aller tous les jours bosser dans mon atelier. Je n’en fais pas un lifestyle, attention, mais c’est vrai que j’aime ce qui se passe dans ces lieux-là, j’ai l’impression d’y avoir une plus grande liberté. On peut y faire des expos, inviter des gens, c’est beaucoup plus libre qu’un studio.

Concernant ta musique, j’ai l’impression que la légèreté des mélodies est parfois là pour nuancer certains de tes propos, peut-être plus sombres. Je pense notamment à J’aimerai où tu chantes : « Je vais le crever »

Je ne suis pas forcément à la recherche d’une dualité entre la légère et la noirceur. C’est juste que j’aime quand des univers dramatiques viennent se confronter à des mélodies légères, qui peuvent se rapprocher parfois d’une comptine enfantine. Tu sais, je m’inspire beaucoup de la musique grecque, et c’est un élément qui y est très présent : beaucoup de mélodies populaires ont cette esthétique comptine.

Je ne sais pas si tu sais, mais beaucoup de comptines françaises ont d’ailleurs un double sens un peu lugubre…

Oui, c’est surprenant d’ailleurs de voir à quel point autant de chansons que l’on apprend étant petit sont finalement assez glauques. Je pense à Petit âne gris d’Hugues Aufray, par exemple.

Marier les codes de la chanson, et notamment la langue française, au bouzouki et à la musique traditionnelle grecque, c’est un exercice facile pour toi ?

Les premiers morceaux sortis ont été faciles parce que je disais des choses plus simples. Aujourd’hui, j’ai plus de mal à écrire, dans le sens où je ne veux pas me répéter, où je veux raconter une histoire qui tienne la route. Du coup, je peux passer pas mal de temps sur un texte, à trouver des syllabes ou des mots qui peuvent fonctionner sur des notes parfois plus longues. C’est aussi pour ça que j’essaye toujours de trouver la mélodie avant d’écrire. Tout est plus simple ensuite.

Pour rester sur la musique grecque, je crois que l’instrumental de Tsiftetelix est un hommage à un genre musical typique de Grèce, non ?

Oui, c’est un genre qui s'appelle le tsifteteli, que l’on retrouve aussi en Turquie et peut-être même dans certains pays arabes. D’ailleurs, la danse du ventre telle qu’on la connaît ici se fait sur ce genre de rythme. C’est quelque chose de très populaire, une musique avec laquelle j’ai grandi et que j’avais envie de revisiter à ma manière, avec une production électronique qui change la donne.

Tu signes ta musique et tes peintures sous le même nom. Tu n’as jamais songé à prendre un pseudo ?

J’y ai pensé, oui, mais je n’en ai jamais trouvé qui me plaise réellement. À chaque fois, ça ne collait pas. Donc c’est peut-être pour le mieux : au moins, c’est entièrement moi, il n’y a pas de personnages.

Il y a quelques jours, tu as mis en ligne une reprise des Mots bleus de Christophe. Ce morceau est né d’une envie particulière ?

Tout est parti d’une résidence dans l’émission Foule Sentimentale sur France Inter. Didier Varrod, l’animateur, m’avait demandé de faire une reprise d’un morceau français. J’étais sceptique, j’avais peu d’idées, mais je me suis finalement éclaté à revisiter ce classique de la chanson française. J’ai aimé les possibilités offertes par le morceau original.

J’ai l’impression qu’une nouvelle génération d’artistes accepte plus volontiers de citer en références des artistes longtemps jugés trop « variété » : Michel Berger, Yves Simon, Françoise Hardy ou Christophe. C’est quelque chose que tu ressens ?

Oui, et ça correspond probablement à un recul, à une envie, à un besoin de musiques chaleureuses, mais aussi à une nostalgie plus assumée que dans les années 1990 ou 2000. Tout le monde connaît les morceaux de ces artistes, donc il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de s’y confronter, de pouvoir interpréter des textes à l’ancienne, romantiques et bien écrits.

Te concernant, quelle est la suite ?

Il faudra sûrement attendre 2020 pour qu’il voie le jour, mais je suis en train de bosser sur mon premier album. Ce sera la suite de « Contre-jour », ou du moins dans la lignée de ce que j’ai fait jusqu’à présent. Je sais que j’ai beaucoup testé de choses, mais on ne sera pas sur du free jazz.

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