« Blackstar » de Bowie sortait voilà pile un an

L’avalanche de #RIP et les nombreux décès de célébrités ont failli nous faire oublier que le meilleur album de 2016 est sorti un 8 janvier, jour de l’anniversaire de David Bowie.

Surprise sur prise. Si tout le monde (ou presque) a fini par oublier « The Next Day », avant-dernier album de Bowie publié en 2013, c’est parce que « Blackstar », composé dans le secret, possède avec le recul tous les éléments d’une pièce dramatique : le nom, plus que jamais intrigant, les chansons, en rupture complète avec tout ce que l’Anglais a publié depuis le début des années 2000 et puis, bien sûr, le dénouement, tragique, qui verra le héros principal quasi mourir sur scène. À sa sortie, le 8 janvier, la planète ne sait pas encore que le disque a été enregistré dans la souffrance, la vraie, par un Bowie rongé par le crabe, mais pas en panne d’idées. Des parties de flûte orientale, une batterie quasi systématiquement à contre-temps et de longues chansons alambiquées en plusieurs mouvements, comme la chanson du même nom, transforme ce qui n’aurait dû être qu’un album de plus en véritable opéra cosmique.

Le changement, maintenant. La suite est hélas connue : le fils de Bowie annonce officiellement la mort de son père le 10 janvier 2016 et un torrent de larmes se déverse, majoritairement, sur Internet ; préfigurant une année plus que jamais mortelle pour les stars. Ces morts en série ont non seulement quelque peu éclipsé l’incroyable qualité de « Blackstar », mais aussi le fait que Bowie avait déjà lancé deux fusées en éclaireur, en 2014. Issus de la compilation « Nothing has changed », les deux titres inédits montraient paradoxalement que le musicien souhaitait s’embarquer dans une nouvelle direction. Sue (Or in a Season of Crime) et ‘Tis a Pity She Was a Whore annonçaient alors le futur : une espèce de hard jazz new-yorkais où Fela Kuti aurait très bien pu croiser la route de Scott Walker. Très loin du rock qui l’avait fait connaître et, comme toujours avec Bowie, étonnant.

Le jour d’après. Cette fois sans surprise, la sortie de « Blackstar » est un carton commercial. Premier dans les classements de plusieurs pays dès la première semaine, le disque devient le premier n°1 de Bowie aux États-Unis et s’écoule à 146 000 copies en Angleterre ; où il aidera au coup de boost des ventes vinyles en 2016, avant d’être finalement détrôné au classement par… un best of de Bowie datant de 2002. La preuve ultime que Bowie n’avait d’autre concurrent que lui-même. Plusieurs semaines après la mort – la vraie – de Ziggy Stardust, le producteur Tony Visconti déclarera que Bowie et lui avaient délibérément tenté de s’éloigner au maximum du rock’n’roll pour ce dernier enregistrement. Les influences de « Blackstar » : Kendrick Lamar, Boards of Canada et le groupe de hip-hop radical, Death Grips. Leçon numéro uno de Bowie : ne jamais être là où on l’attend.

Étole de la mort. Tout cela nous ramène à la mort du 10 janvier. Si les fans cherchent encore dans les paroles du disparu des explications mystiques à son départ anticipé (« Regarde, je suis au Paradis, Je porte des cicatrices que personne ne peut voir » sur Lazarus), Bowie, contrairement aux rumeurs, ne se savait pas encore condamné au moment d’enregistrer « Blackstar ». C’est ce que nous apprend le documentaire inédit David Bowie : The Last Five Years, où l’on découvre, entre autres, que le chanteur n’a appris que très tardivement, trois mois avant son décès, que son cancer avait définitivement gagné la partie. La seule défaite, finalement, d’une carrière gérée sur le fil. Deux jours après avoir soufflé ses 69 bougies, Bowie s’éteignait en laissant derrière lui un disque majeur dans sa discographie. Et cette étoile, pas si noire que ça, devrait briller encore longtemps.

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