Baxter Dury, itinéraire d’un dandy cool

Étonnement concis en interview, Baxter Dury n’en reste pas moins un formidable songwriter, un showman doté d’un sens de la narration apte à sublimer n’importe quelle pop-song. "Prince Of Tears", son dernier album, en est l’ultime démonstration.

« Prince Of Tears » sort trois ans après « It’s A Pleasure », qui était lui-même sorti trois ans après « Happy Soup ». C’est ton rythme de croisière ?

Rien n’est calculé, il n’y pas de plan derrière tout ça. Après, ce rythme dit peut-être quelque chose sur mon processus de création. Trois ans, c’est peut-être le temps dont j’ai besoin pour composer et produire des morceaux qui me plaisent. De toute façon, cette partie est la plus dure pour moi. Une fois en studio, j’ai l’impression que tout va beaucoup plus vite, que je ne fais que m’amuser.

C’est plus facile pour toi d’enregistrer que de composer ?

Ce n’est pas une question de facilité, c’est juste que je m’éclate plus lorsque je suis en studio. Tu es entouré de différentes personnes, tu peux échanger un tas de points de vue différents, tu sens que le projet avance et va aboutir… C’est très différent du travail de composition, nettement plus solitaire.

Pourquoi t’être défini comme le « Prince des larmes » ?

Ce n’est pas une définition de moi-même, mais simplement le titre que j’ai choisi pour ce disque. Cela n’a rien à voir avec moi. Enfin, pas totalement… Disons que c’est un personnage, comme tu peux en trouver dans la plupart de mes morceaux : un personnage mélancolique, pas hyper à l’aise dans son époque, comme le sont beaucoup de gens.

« Je n’allais pas me mettre à parler de dauphins juste pour me différencier. »

Ce disque, tu l’as démarré après une rupture. Tu ne trouves pas que c’est un peu cliché de composer un album après une peine de cœur ?

Sans doute, mais je n’allais pas me mettre à parler de dauphins juste pour me différencier des autres… Et puis ce qui paraît cliché pour quelqu’un ne l’est peut-être pas pour l’autre. Finalement, tout dépend de notre rapport aux choses et de la façon dont on reçoit le message. Sans me prendre pour un orateur ou un politique, je pense que les textes de l’album peuvent parler à pas mal de gens. La mélancolie, les peines de cœur, ce sont des thèmes universels.

Quand tu écris un morceau, tu n’entres jamais en conflit avec tes racines ouvrières, toi qui incarnes une certaine idée de la classe et du dandysme aujourd’hui ?

Non, et je t’avoue que je ne me pose pas ce genre de questions. J’ai l’habitude d’exister dans une sorte d’entre-deux, de ne pas avoir ma place dans certaines catégories bien définies. À force, je n’y fais plus attention.

Pourquoi as-tu choisi d’ouvrir ce disque avec Miami ?

Parce qu’il faut toujours entamer son album avec le meilleur morceau. C’est encore le meilleur moyen de convaincre les auditeurs d’écouter la suite.

Ça peut être un piège également, non ?

Oui, bien sûr ! Mais ce n’est pas parce que Miami est mon titre favori qu’il sera celui des auditeurs. C’est un choix personnel, qui ne s’explique pas vraiment.

Encore une fois, on peut trouver tout un tas de voix féminines sur le disque. En quoi est-ce important pour toi d’être perpétuellement entouré de femmes ?

Le truc, c’est que j’ai peur que mes disques soient trop masculins. Du coup, je fais appel à toutes ces chanteuses que j’ai la chance de connaître et qui me permettent de ne pas m’enfermer dans un univers, d’explorer des paysages que je n’aurais jamais pu imaginer. Ce n’est donc pas parce que je suis féministe, si tu veux tout savoir (rires).

« Je n’ai jamais pensé aux hits. »

Tu penses que « Prince Of Tears » peut rencontrer le même succès que « Happy Soup » ou tu penses que ton heure de gloire est passée ?

Oh mec, je ne l’espère pas. Ça m’arrive d’y penser, mais je n’ai pas envie de m’étendre là-dessus, ça me ferait passer pour un mec très triste. Déjà que mon album est très mélancolique… Après, il faut aussi dire que je n’ai jamais pensé aux hits, même si j’ai eu quelques singles qui ont bien marché et que ma musique est finalement assez pop. N’étant pas voyant, je me contente de ce que je sais faire. Cela dit, si tu me poses la question, c’est peut-être parce que toi tu penses que je suis devenu has been

En tout cas, je pense que c’est une bonne chose d’avoir travaillé avec Ash Workman (Metronomy, Frànçois & The Atlas Mountains, etc.) sur ce disque.

Oui, ça a été d’une grande aide. En travaillant à ses côtés, on sent que le mec a pas mal d’expériences, qu’il a des idées très précises et qu’il peut s’adapter. Si « Prince Of Tears » a le même succès que « Happy Soup » et me permet de continuer de vivre de ma musique, je le remercierai sincèrement, ah ah.

Crédits photo : Tom Beard.

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