De NTM à MHD, une histoire des groupes à initiales

PNL, SCH, MHD… De plus en plus d’artistes choisissent de mener leur carrière cachés derrière quelques lettres. Tentative de classification à travers les époques.

Grâce à Malcom Mc Laren, on sait depuis quelques décennies que le rock et ses dérivés sont un business juteux, voire une arnaque. Pire, la musique pourrait, selon qu’on rêve de Mélenchon ou de Fillon la nuit, être un des postes avancés du capitalisme ou un refuge pour branleurs incapables de rentrer dans la vie active. Certains groupes et artistes ont pris acte de ce fait et ont choisi de porter en étendard une association de lettres rappelant le nom d’une entreprise du tertiaire ou d’un syndicat de l’enseignement supérieur. Oubliez la poésie de Tristesse Contemporaine, De la Soul et Godspeed You ! Black Emperor, l’industrie musicale appartient aux noms les plus courts et les plus efficaces.

Commençons par les groupes sigles. Rappelons brièvement la règle : un sigle est l’abréviation d’une locution qui n’en conserve que les initiales (parfois suivies de points) et qui, épelées une par une, forment un mot. Le plus connu de tous : la SNCF.

AC/DC

À tout seigneur tout honneur, commençons par les Australiens énervés, Malcom et Angus Young, dont la sœur avait repéré sur une machine à coudre l’indication « Courant Alternatif / Courant Direct ». Quand on joue de la guitare comme si on s’électrocutait, c’est plutôt raccord. L’éclair ajouté au milieu de leur nom leur offre un des logos les plus efficaces du rock. EDF, ERDF et ENGIE n’ont jamais fait mieux.

PNL

« Peace N’Lovés » soit la paix + les thunes et, non, laissez-nous rouler en paix avec nos fixies. Le nom du groupe des Tarterêts est assez faiblard. Franchement, on attendait mieux de la part de Nabil, qui a étudié en filière STG au lycée Danton de Brive-la-Gaillarde puis à l’IUT de Ville d’Avray, et de Tarik, un ancien de la SNCF ayant son BEP en poche.

R.E.M.

Si vous cherchez encore une preuve qu’un sigle vaudra toujours mieux qu’un mauvais alignement de mots, sachez que le groupe a failli s’appeler Twisted Kites, Cans of Piss et Negro Wives avant que l’étudiant Michael Stipe ne repère en un coup d’œil dans le dictionnaire l’expression « Rapid Eye Movement ». En 1982, ils préfèrent signer chez IRS plutôt que chez RCA.

NTM

Qu’ils se soient appelés 93 NTM dans leur période graffiti ou Suprême NTM pendant leur carrière hip hop, il faut reconnaître que personne a jamais trouvé plus efficace comme nom-sigle. Nique Ta Mère est à la fois une insulte, une simple interjection amicale comme le soutenait parfois Joey Starr, le symbole du monde des cités ainsi qu’un saisissant raccourci d’une bonne partie de l’œuvre de Freud.

MHD

Avant de fournir des hits afro-trap aux collégiens français, Mohamed Sylla a livré des pizzas dans le 19e arrondissement parisien avec, semble-t-il, la même efficacité. Son nom de scène reprend les consonnes de son prénom. Il est vrai qu’en 2017, il n’est toujours pas évident en France de faire carrière avec Mohamed comme nom d’artiste. Vingt ans plus tôt, Nasir Bin Olu Dara Jones avait préféré s’appeler Nas aux États-Unis.

SCH

Encore une fois, les sigles permettent aisément de se camoufler ou de transfigurer les héritages familiaux. Ainsi, Julien Schwarzer, un Marseillais au patronyme d’origine allemande, a commencé sa carrière de rappeur sous le pseudonyme Schneider dont il a, par la suite, gardé les trois premières consonnes. Il aime les raccourcis et les lignes droites au point qu’A7, sa première mixtape, fasse référence à l’autoroute qui mène les Parisiens vers le Soleil et les go fast vers la capitale.

MGMT

Cette abréviation de « Management » utilisée par les rockeurs du Connecticut fait à la fois référence à la direction d’une entreprise et aux affichettes collées sur la porte à ne pas ouvrir lorsqu’on circule en backstage d’un concert. En bons gestionnaires, ils choisissent en 2013 de nommer le 3e album MGMT. Un bon message, apprend-on en première année d’IUT marketing, est un message martelé.

The XX

Un nom parfait, énigmatique, formant un logo symétrique déclinable à l’envie. Ces surdoués anglais ont compris que le son et l’image ne forment à l’ère de Youtube qu’une seule entité. Jamie XX et ses camarades sont allés jusqu’à signer sur l’excellent label XL Recordings. Enfin, pour éviter tout risque de ridicule, il est conseillé de prononcer « the ex-ex » et non « the ixe-ixe ».

Et maintenant, les groupes acronymes. Un acronyme est un mot formé des initiales (Otan, ovni, Medef) ou des éléments initiaux (Benelux, radar) de plusieurs mots, éventuellement composés (sida), et se prononce comme un mot normal et non pas lettre par lettre.

ABBA

La Suède a beau offrir au reste du monde un modèle social envié et des voitures d’une solidité à toute épreuve, du point de vue musical, Stockholm n’a pas de quoi se vanter. Ainsi, Anni-Frid Lyngstad, Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Agnetha Fältskog se sont contentés d’assembler l’initiale de leur prénom pour baptiser le groupe disco le plus célèbre (et méprisé) au monde. TLC fera de même à Atlanta bien plus tard.

IAM

Les Marseillais étant supposés avoir un sens inné de la formule, le groupe d’Akhenaton n’a pas cherché à former un sigle complexe et catchy, il a directement trouvé dès 1989 une formule autant anglo-saxonne que philosophique : I am, je suis. René Descartes, bien qu’originaire d’Indre-et-Loire, approuve ce message. Les exégètes du groupe avancent parfois les traductions suivantes « Invasion Arrivée Mars » et « Imperial Asiatic Men ».

D.R.A.M.

« Does Real Ass Music ». Le rappeur d’Atlanta, auteur de l’excellent album « Big Baby D.R.A.M. », porte sur ses dreadlocks la couronne du nom d’artiste le plus cool du moment, longtemps vissée sur la tête de son comparse LL Cool J pour « Ladies Love Cool James ». Pas étonnant dans ces conditions qu’il parvienne à inviter la reine Erykah Badu sur son hit, « WiFi ».

U2

Avant de remplir les stades du monde entier, les Irlandais ont commencé par jouer des reprises sous le sobriquet Feedback puis ont choisi U2 – “You two” ou “You too” [NDLR] – sur une liste de six propositions fournie par Steve Averill, un membre des Radiators, qui, comme on peut aisément le constater, n’était pourtant pas un expert en nom de groupe.

UB40

Quiconque a passé du temps chez Pôle Emploi connaît les multiples avatars de la tyrannie administrative. À Birmingham à la fin des années 70, pas mal de jeunes fans de reggae ont usé leurs stylos en remplissant la demande d’allocation de chômage Unemployment Benefit, Form 40 au point que sept d’entre eux l’ont choisie comme nom de leur groupe. Leur troisième album s’appellera UB44 référence à l’intitulé de la lettre envoyée aux chômeurs ayant manqué un RDV avec leur conseiller. Entre temps, ils avaient enchaîné les hits. CQFD.

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