50 ans après, l'histoire oubliée du "Black Woodstock"

De la « douleur », de la « joie féroce » et des concerts de Nina Simone ou Stevie Wonder : de 1967 à 1969, le Harlem Cultural Festival a incarné l’utopie de la population afro-américaine, alors unie et prête à se faire entendre, musicalement et politiquement. Alors que Woodstock fête péniblement ses 50 ans en 2019, retour sur ce festival mythique et méconnu, en plein Harlem.

Great Black Music. « Je suis très excité à l’idée de présenter au public la passion, l’histoire et la musique du Harlem Cultural Festival. Les performances sont extraordinaires et j’ai été stupéfait en découvrant ces archives pour la première fois. C’est incroyable de visionner après 50 ans une histoire qui n’avait jamais été racontée jusqu’ici et j’ai hâte de la raconter. » Questlove de The Roots a de quoi être heureux : son documentaire sur le Black Woodstock, à paraître en 2020, compile 40 heures d'images inédites, tournées à l'époque par le réalisateur Hal Tulchin.

Il faut dire qu'il y en a des choses à raconter. On parle tout de même ici d'un évènement qui, de 1967 à 1969, regroupait chaque été près de 300 000 spectateurs dans le Mount Morris Park d'Harlem, d'un festival qui a accueilli gratuitement sur scène des artistes aussi iconiques que Nina Simone, Stevie Wonder, B.B. King, Staple Singers ou encore Sly and the Family Stone.

Une communauté en lutte. À l'époque, peu de médias s'intéressent pourtant au Black Woodstock, là où son jumeau hippie, avec ses concerts de Grateful Dead ou de Carlos Santana, devient illico un moment fort de la pop culture. « La presse blanche s’intéresse à la communauté afro-américaine uniquement en cas d’émeute ou de troubles publics », regrettait ainsi le journaliste Raymond Robinson quelques semaines après l'évènement.

En clair, la communauté blanche ne se sent pas particulièrement touchée par le Harlem Cultural qui crée des connexions entre musique et politique. C'est l'époque de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains, et cela se ressent : Marcus Garvey Jr. ou le pasteur Jesse Jackson répondent présents. Ce dernier, dans une interview à Rolling Stone, précise : « Le festival a été un moyen d’apaiser la douleur que nous ressentions après l’assassinat de Martin Luther King. Les artistes ont essayé d’exprimer les tensions de cette époque, une douleur aiguë et une joie intense. » Pas pour rien, finalement, si Nina Simone conclut sa performance par une question : « Êtes-vous prêts, les Noirs ? »

Say It Loud, I'm Black & I'm Proud. Au cours de l’édition 1969, celle de l’apogée du Harlem Cultural, les tensions sont d’ailleurs palpables. La police refuse d’assurer la sécurité des lieux ? Pas grave, les Black Panthers s’en chargent eux-mêmes et prouvent que les Afro-Américains, victimes de multiples stéréotypes au cœur d’une Amérique raciste, peuvent se rassembler pacifiquement, simplement dans l'idée de promouvoir la Great Black Music.

Malheureusement, le festival est annulé dès 1970 suite à une histoire de financement frauduleux. La mafia serait impliquée. Le public, lui, est privé de « l'expérience sociale » provoquée par ces concerts. Reste que le pouvoir de la musique semble bel et bien éternel. La preuve : un festival comme Afropunk électrise aujourd'hui les foules en affichant à peu de choses près la même ambition que son aîné, cinquante ans plus tôt. Mettre en avant une certaine idée de la culture noire, ses déclinaisons esthétiques comme son activisme.

Crédits photo : Patrick Burns/The New York Times.

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