Keny Arkana revient, plus engagée que jamais

Toujours pertinente, souvent révoltée, Keny Arkana a des choses à dire et ça s’entend. Sur son nouveau projet, « L’esquisse 3 », mais aussi en interview où la rappeuse marseillaise parle de politique, des zapatistes et de l’humain.

T’étais dans quel état d’esprit quand t’as composé « L’Esquisse 3 » ?

Comme toujours, tout s’est fait de manière très spontanée. J’ai récupéré des instrus et j’ai écrit à l’instinct dessus. L’idée de ma série « L’esquisse », c’est de servir de base à l’album qui arrive, de faire le tri parmi la trentaine de morceaux composés et puis de balancer le tout. Souvent, ce sont des morceaux qui kickent davantage que ceux de mes albums.

« Dans le monde actuel, la gratuité n’a aucune valeur. »

La campagne présidentielle a-t-elle eu une influence sur tes différents textes ?

J’ai balancé un titre inédit entre les deux tours, Dégagez, mais le disque était déjà fini avant la fin des élections. Ce qui est marrant, en revanche, c’est que je reviens systématiquement avec un nouveau projet l’année des présidentielles. C’est jamais fait exprès, mais c’est déjà le cas avec mon premier album, sorti fin 2006 au milieu de la campagne, et mon deuxième, publié quelques mois après l’élection en 2012.

En 2012, justement, tu avais dit avoir « voté un peu par hasard ». Ça a encore été le cas en mai dernier ?

Disons que c’est paradoxal, mais je ne crois pas au vote et je suis quand même allée voter au premier tour. Pour le deuxième, en revanche, j’ai préféré m’abstenir. Je sais que ça ne plaît pas et je comprends tout à fait ceux qui ont choisi de faire barrage à Le Pen, mais je ne me voyais pas prendre parti pour Macron… Et puis, je me disais que, au pire, les gens seraient descendus dans la rue pour manifester leur mécontentement si le FN était passé.

Il y a des éléments positifs que tu retiens ces derniers mois ? Je pense notamment à un mouvement comme Nuit Debout auquel tu as participé…

Sachant que je n’y suis pas restée plusieurs jours à manifester, je n’aurais pas la prétention de dire que j’y ai participé. En revanche, là où ce mouvement m’a fait plaisir, c’est qu’il confirme à quel point la majorité des Français souhaite s’opposer au système. Peu importe qu’ils soient de gauche ou de droite, les gens semblent avoir la volonté de foutre un bon coup de pied aux élites et aux énarques, d’aller vers une démocratie plus participative. Ça prouve que le travail de terrain des mouvements sociaux et des collectifs autonomes porte ses fruits, que l’on commence à prendre conscience qu’il est possible de vivre sans leader, sans réel parti.

« J’ai toujours refusé d’être un alibi démocratique qu’on invite sur les plateaux télé pour parler de sujets habituellement mis sous le tapis. »

Dans « L’esquisse 3 », tu t’en prends une fois de plus à ce que tu nommes « le système ». En étant signée sur un label et en étant programmée dans les plus gros festivals français, tu n’as pas l’impression d’en faire pleinement partie ?

Si, bien sûr. Je ne suis pas une aborigène qui vit dans une grotte : j’achète mes vêtements dans les magasins, je paye EDF et j’accepte cette situation. D’autant plus qu’il y a très peu d’endroits au monde où on peu s’en extraire. Cela dit, j’ai toujours refusé de servir ce système, d’être un alibi démocratique que l’on invite sur les plateaux télé pour parler de sujets habituellement mis sous le tapis. Moi, ça fait douze ans que je suis chez Because, qui est certes un gros label indépendant, mais qui fonctionne différemment des majors avec des actionnaires en costard. Ici, j’ai une liberté totale, on ne m’impose rien.

Tu n’as jamais songé à évoluer en totale indépendance ?

J’y ai pensé pendant longtemps. Je voulais louer un camion et faire des concerts gratuits dans toutes les villes, mais cette démarche n’intéresse pas les gens. Dans le monde actuel, la gratuité n’a aucune valeur. C’est comme si on était obligés de passer par un label et de faire payer ses concerts pour donner de l’attrait à notre musique. Après, ça ne m’empêche pas de donner beaucoup de concerts de soutien en parallèle à mes différentes dates en festival.

T’es partie vivre un an avec les zapatistes. Tu nous racontes ?

En fait, je vais au Chiapas depuis 2005 et c’est à chaque fois une aventure humaine, plus que musicale ou politique. Je me sens profondément bien là-bas, entourée de vrais humains, au sein d’une société qui fonctionne. C’est tellement rare aujourd’hui. 

Pourquoi revenir dans ce cas ?

C’est la musique qui m’incite à revenir en France, mais aussi ma ville, mon quartier. J’ai toujours beaucoup bougé, je ne suis jamais restée ghettoïsée dans un endroit précis, mais ça a toujours été important pour moi de retrouver mes proches.

« On pense souvent que ma musique est uniquement engagée, donc chiante et sans intérêt mélodique. »

Pour finir, tu ne penses pas que l’étiquette militante t’a parfois joué de mauvais tours ?

Le truc, c’est qu’on m’a collé l’étiquette d’altermondialiste ou de gauchiste alors que je n’ai jamais employé ces mots et que j’ai toujours revendiqué le fait d’être sans parti. Et ça, c’est sûr que ça a dû décourager plus d’une personne de venir m’écouter. Soit parce qu’elle se disait que ma musique serait uniquement engagée, donc possiblement chiante et sans intérêt mélodique. Soit parce qu’elle ne partage pas ce genre d’idées. Je trouve ça dommage : on oublie souvent de dire, par exemple, que mes morceaux sont souvent plus spirituels, personnels et émotionnels que politisés.

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