"Father of the Bride" est-elle la grande œuvre pop de Vampire Weekend ?

Plus que jamais seul à bord de Vampire Weekend, Ezra Koenig tente un retour après six ans d’absence et réussit son pari avec talent. Et courage, il faut bien le dire.

« Les choses n'ont jamais été aussi étranges. »Lorsqu'il prononce ces mots à la fin du nouvel album de « Father of the Bride », on se demande naïvement ce qui peut être aussi étrange dans la vie d'Ezra Koenig. Depuis la sortie de « Modern Vampires of the City » en 2013, l'Américain s'est en effet marié avec l'actrice Rashida Jones, est devenu père, a collaboré avec Kanye West, Diplo et Beyoncé, a lancé une émission de radio via Apple et a même participé à un dessin animé sur Netflix. Rien que du jouissif, en quelque sorte. Sauf que la citation de Vampire Weekend ne fait pas ici référence à sa vie personnelle, mais bien au monde qui l'entoure.

Changement d’horizon. Si des titres comme Strangers racontent la façon dont il admirait sa femme sur petit écran des années avant de la rencontrer, « Father of the Bride » n'a rien d'un album autobiographique. C'est un disque-monde (la pochette en témoigne parfaitement), une œuvre ouverte sur l'extérieur qui trouve sa source dans l'actualité la plus récente – notamment américaine – et sa modernité au cœur de tout un tas d’idées mélodiques audacieuses, parfois inspirées par le répertoire du groupe (Harmony Hall) et d’autres fois plus déroutantes : Hold You Now et Married In A Gold Rush, en duo avec Danielle Haim réactualisent en quelque sorte les duos types Johnny Cash & June Carter.

Certaines tentatives tombent malheureusement à plat (c’est souvent le problème quand on réunit dix-huit titres sur un même projet), mais « Father of the Bride » ne sonne jamais indigeste. Plutôt surprenant, dans le sens où les sonorités africaines ont laissé place à des guitares typiquement californiennes et où l’enthousiasme des débuts semble s’être noyé dans une amertume nouvelle : « Espérer de la bienveillance a été ma pire erreur », chante-t-il.

Wild style. La grande force d’Ezra Koenig, sa sournoise traitrise pourrait-on dire, est justement de ne pas avoir réalisé ce long format comme un album de pop. Ici, l’ancien BCBG des universités new-yorkaises a envisagé l’ensemble selon un procédé propre au hip-hop, façonnant chacun de ses morceaux aux côtés de multiples collaborateurs : Rostam Batmanglij, ancien membre de Vampire Weekend revenu filer un coup de main, DJ Dahi, Grimes, BloodPop (un proche de Justin Bieber), Mark Ronson, Steve Lacy ou encore Danielle Haim.

C’est à la fois intelligent et cohérent, porté par divers moments de grâce et subtilement passéiste - comme lorsque Vampire Weekend convoque les ombres de Paul Simon et du Grateful Dead sans les figer dans la cire. On espère simplement qu’avec « Father of the Bride » et ses allures d’immenses boites à idées, Ezra Koenig n’a pas brûlé ses dernières cartouches.

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