Maggie Rogers, la chanteuse qui a fait pleurer Pharrell

Son titre "Alaska" avait envoûté Pharrell Williams puis fasciné la toile. Nous avons donc rencontré cette mystérieuse Maggie, auteure d'un nouvel EP, bien déterminée à prouver qu’elle n’est pas une illusion.

Maggie Rogers, 22 ans, ne manquant ni de créativité, ni de charme, avait simplement besoin d’un coup de projecteur pour que le miracle opère auprès du public. Révélée l’été dernier grâce à une vidéo virale de Pharrell Williams retenant ses larmes à l’écoute de son titre Alaska dans son école de musique , elle rafraîchit la folk telle qu’on la connaissait.

Sur son nouvel EP « Now That The Light Is Fading », la joueuse de banjo semble avoir pris goût au dancefloor et cette amoureuse de la nature, féministe et diplômée en lettres, caracole bien au-dessus des barbelés qui séparent les genres. Interview de l’Américaine au lendemain d’un concert parisien (complet), toujours abasourdie par son succès soudain.

En quoi ta vie a-t-elle changé depuis le semestre où tu as vécu à Paris ?

En à peu près tout ! À l’époque, j’étudiais l’histoire de l’art, l’anglais, la musique aussi, mais je ne me sentais pas du tout créative. J’avais depuis longtemps le syndrome de la page blanche et je n’aurai jamais imaginé me retrouver à jouer deux ans plus tard à guichet fermé dans cette même ville !

À quel moment as-tu pris conscience que tu voulais dédier ta vie à la musique ?

La musique a toujours été importante pour moi. J’ai commencé à écrire des chansons à 13 ans puis j’ai étudié dans une école de musique un été à Boston à 17 ans. J’ai alors écrit une chanson qui a gagné un prix et m’a permis de jouer avec un groupe dans une grande salle. Là, c’est devenu clair pour moi que je voulais faire ça de ma vie.

« À Paris, je suis allée au YOYO, le club du Palais de Tokyo, à la Concrete aussi. »

Tu as présenté ta musique à Pharrell lorsqu’il est venu dans ta classe à l’Institute of Recorded Music de New York, en disant que tu avais vécu une expérience spirituelle de l’électro à Paris, que s’est-il passé ?

J’ai grandi dans le Maryland, dans un endroit très rural, et quand je suis arrivée à Paris je me suis rendue compte que je n’avais jamais vraiment écouté de dance music. Jusque-là ça ne m’intéressait pas, je n’avais même jamais été en club. À Paris, je suis allée au YOYO, qui est le club du Palais de Tokyo, à la Concrete aussi, je suivais mes amis. J’ai été inspirée par le rythme mais aussi parce qu’on pouvait particulièrement sentir dans ces lieux que la musique montre aux gens qu’ils ont plus en commun que ce qu’ils s’imaginent. Ils sont connectés, qu’importe d’où ils viennent, leur race, leur âge, leur poids, leurs vêtements, leur richesse : chacun bouge de la même façon.

Cela t’a-t-il donné envie de dépoussiérer la folk pour ta génération en y incluant des machines ?

Oui et non. Ce que j’aime vraiment avec la folk c’est la tradition, c’est aussi très participatif, tout le monde peut en jouer, les cordes sont simples, les couples faciles à chanter. Mais la folk fait aussi référence à la géographie et à la culture, et ces deux données changent. Peut-être que dans 100 ans on sera capable de dire ce qu’est vraiment la folk de notre époque. Je ne pense pas qu’on sache pour le moment.

Tu sembles mettre un point d’honneur à sortir du lot, est-ce pour cette raison que tu as choisi de jouer du banjo ?

C’était pour moi le moyen d’intégrer un groupe, car au lycée ça ne manquait pas de garçons qui jouaient de la guitare, quelques filles aussi. Personne n’a besoin d’un cinquième guitariste, par contre s’il n’y a qu’une joueuse de banjo, ça aide.

« Beaucoup de gens pensent que je suis une création de maison de disque. »

Björk a récemment posté un message qui dénonçait le manque de considération portée aux femmes musiciennes, leur difficulté à être reconnues aussi comme auteures, productrices et compositrices et non pas seulement des chanteuses entourées de mentors. Te sens-tu concernée par ce problème ?

Oui, je l’ai vu et ça me parle complètement. Par exemple, beaucoup de gens pensent que j’ai fait ma musique avec Pharrell et que nous avons une relation forte. Je le respecte énormément, je le trouve génial, talentueux, et je suis reconnaissante pour son incroyable bienveillance, mais je ne lui ai parlé que cette fois-là, dans la vidéo. Et on me parle toujours de lui. Beaucoup de gens pensent que je suis une création de maison de disque, que je ne fais pas ma musique moi-même. J’espère que la culture est en train d’évoluer, mais j’étais encore la semaine dernière à une soirée à Los Angeles et quelqu’un m’a abordée du tac au tac en me disant : « Alors, tu fais vraiment ta musique toi-même ? » J’ai l’impression de toujours devoir me défendre.

Qu’est-ce que les musiciens peuvent apporter aujourd’hui au monde selon toi, dans le contexte actuel ?

Beaucoup de gens pensent que les musiciens ne devraient pas s’engager politiquement mais pourtant, historiquement, ils l’ont toujours fait. C’est important, particulièrement maintenant, que lorsqu’on a accès à un public, on se serve de sa voix pour sensibiliser les gens aux causes qui nous passionnent.

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