Yarol Poupaud : l’histoire des dix doigts qui ont rajeuni Johnny

Comment le guitariste d’un groupe de funk indie (FFF) a-t-il réussi à rajeunir l’idole des jeunes (et des vieux) ? Décryptage en trois accords parfaits.

Sur le papier, une rencontre entre un guitariste fondateur de la Fédération Française de Funk (le groupe de Marco Prince formé en 1987) et un chanteur de soixante-treize ans ayant débuté sa carrière à une époque où la télé était encore en noir et blanc, était à peu près aussi probable que Maître Gims croisant David Bowie. Sur le papier, encore, parvenir à réussir un come back inespéré (comme Elvis en 1968) quand on a frôlé la mort – en 2009 – à cause d’un dos mal soigné, c’est encore plus miraculeux. Ce sont pourtant ces incohérences qui, depuis 2012, unissent Yarol Poupaud, guitariste hors pair jusque-là habitué aux petits clubs qui sentent la sueur, et Johnny, trésor national pouvant remplir dix stades de France.

La rencontre.

Tout au long des années 1990, FFF use plus d’un genou en fusionnant funk, rap et rock avant de finalement se dissoudre (en 2001). Yarol Poupaud, section rythmique à lui tout seul, profite du creux laissé par la pause du groupe pour multiplier les casquettes : producteur des premiers albums d’Ultra Orange et d’Adrienne Pauly, accordeur de guitare pour les soirées de Rock & Folk ou encore patron, avec sa femme mannequin (Caroline de Maigret), du label Bonus Tracks. Vient alors le pivot de notre histoire. La première fois où Yarol joue de la guitare avec Johnny, c’est pour de faux lors du tournage du film Jean-Philippe, sorti en 2005. « Le réalisateur, Laurent Tuel, était un vieux copain, confirme Yarol. Il me racontait le scénario, on se marrait. Je lui disais : «  S’il a un concert et que tu as besoin de zicos, tu me prends ! ». Et c’est comme ça que je me suis retrouvé devant 300 ou 400 membres du fan club français à faire des standards de Rock avec Johnny. Lui chantait en déconnant et les gens ont commencé à devenir dingues. »

Le remplaçant.

Débute alors pour Yarol l’intronisation dans la famille Hallyday, au gré d’émissions de TV où il remplace son ami d’enfance Matthieu Chedid à la guitare (cette fois pour de vrai). Jusqu’à la sortie d’un concert pour RTL. Coup de fil, c’est Johnny. « Dis-moi, Yarol, ça te dirait de faire la prochaine tournée avec moi ? » Il est deux heures du matin.  Le temps de prendre un billet pour Los Angeles et le voilà qui remplace le directeur musical initialement prévu pour une série de concerts qui porte bien son nom : « Jamais Seul ».

Yarol Poupaud

Retour aux sources.

Après avoir fait du ménage dans son entourage et avec Yarol désormais dans son dos, Johnny recouvre peu à peu tous ses moyens en même temps qu’il ressuscite en réalisant un rêve de gosse : oublier la variété et rejouer du vrai rock’n’roll. Johnny, c’est le plus gros artiste en France, rajoute Yarol avec sa gouaille de Margerin. Pendant deux ans, la tournée a été de la folie. Qu’est ce qu’on jouait sur scène ? Du Elvis, des Beatles, du Eddie Cochran, du Sly Stone, du Hendrix… En venant voir Johnny, toute la France est venue écouter du Chuck Berry, c’est génial ! » Et c’est ainsi qu’à un âge où d’autres roulent en fauteuil à jantes chromées, l’idole nationale décide d’arroser son public avec des morceaux qui ont forgé sa jeunesse. Et là, il n’est plus question d’âge. Tout comme le public d’Hallyday rassemble de la grand-mère au petit fils, trois générations de musiciens font désormais du coude à coude sur scène, avec la même cible dans le viseur : le rock des débuts.

Virer les chansons relou.

Accepté dans le club très fermé des Hallyday, Yarol prend peu à peu les commandes du vaisseau Johnny. Il devient le directeur musical des tournées et se retrouve en charge des arrangements. « Mon idée c’était qu’il soit accompagné par un groupe de Rock & Roll. Un truc qui sonne comme quand on va voir Springsteen ou les Stones. Donc : pas de métronome, pas de séquence enregistrée. Et puis on a essayé de virer le plus possible les chansons un peu relou… » C’est à dire ? « Ses problèmes de santé [avec le docteur Delajoux en 2009, NDLR] l’avaient retourné. Il disait que, pour le temps qui lui restait, il avait envie de s’amuser. Quand tu rédiges la setlist avec Johnny, qu’il arrive à des chansons comme Je Te Promets ou Oh Marie et qu’il te dit : « Oh putain fait chier ! On est obligé de la jouer celle-là ? » Forcément on est obligé de lui répondre que les fans l’attendent. Bon, on a quand même réussi à enlever Oh Marie. On pensait que ça allait faire un scandale. Mais en fait non. »

Rester vivant(s).

Resserrée à l’os, la tournée actuelle Rester Vivant se permet des choses étonnantes comme de longs solos de guitare, un entracte soul avec la reprise du Medley de Sly Stone à Woodstock et surtout une reprise de L’idole des Jeunes, comme en 1962. « Pour ce morceau, c’est moi qui l’ai tanné pendant longtemps. On avait envie de remettre des images de lui jeunes et c’est pour cela qu’on a fait ce montage d’images d’archives qui accompagnent le morceau. » Mais, dès que la machine Hallyday se met en pause, Yarol vogue vers d’autres projets : jouer avec son frère (l’acteur Melvil Poupaud) dans leur groupe Black Minou au Bol d’Or ou au Bus Palladium, produire de jeunes artistes ou « préparer le concert de réouverture du Bataclan, auquel on va participer avec FFF ». Encore une histoire de résurrection.

Rester Vivant, l’album live disponible chez Warner et le DVD live à paraître le 25 novembre.

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