L’album du jour : « Storyteller » de Medine

À chaque vendredi, sa sortie de rap français. Cette semaine, c’est au tour de Medine de frapper un grand coup avec un sixième album solo ambitieux, nuancé et intelligent.

Figure respectée. Dans un monde juste, l’œuvre de Medine, réfléchie, consistante, parfois provocatrice et globalement indépendante devrait être mise entre toutes les oreilles. Parce qu’en treize projets depuis plus de quinze ans, le rappeur du Havre a produit quelques classiques (Du Panjshir à Harlem, Grand Paris), parce qu’il a survécu à la popularisation de la trap ou de l’Auto-tune, qu’il a fait preuve d’un militantisme indéfectible et qu’il a collaboré avec les plus grandes figures du rap français. Toutes tendances confondues, citons Seth Gueko, Sofiane, Kery James, Youssoupha, Soprano ou encore Orelsan.

Protest song. Une fois n'est pas coutume, « Storyteller » est donc de nouveau un disque engagé du début à la fin, sans jamais tomber dans l’exercice de style désuet ou dans la lourdeur d’un propos qui transformerait le tout en un exposé redondant des maux de notre société. Car Medine n’est pas seulement un homme investi : sa mission humanitaire en Birmanie, ses tournées en camion pour aller à la rencontre du public des quartiers populaires, sa tribune dans le New York Times, etc.

C’est avant tout un rappeur, un MC qui a su s’adapter aux différentes évolutions stylistiques du genre sans se trahir et qui a toujours milité en sa faveur : « Faire du rap français une passerelle vers les grandes écoles », rappait-il en 2013 sur Biopic, sans savoir que, quatre ans plus tard, il serait l’invité du séminaire « La plume et le bitume » à l’école normale supérieure (ENS) de Paris.

Le pouvoir des mots. « Storyteller » ne déroge pas à la règle : entre le touchant Bataclan et le révolté PLMV, en passant par Venom et ses punchlines balancées d’une voix rocailleuse et affirmée (« D'humeur massacrante, j'viens pour cracher mon venin »), Medine confirme qu'il est un rappeur talentueux, auteur ici d'une œuvre ambitieuse et ouverte à la modernité.

On peut regretter un déroulement légèrement prévisible, tant les seize morceaux réunis n'ont aucune chance de choquer les fidèles du bonhomme, mais ils démontrent au moins que Medine cherche à s’abstraire du classicisme ou du « rap de musulman » auquel trop de médias ont tenté de le contraindre pendant plusieurs années.

Crédit photo : Koria

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