En 2018, le jazz est de nouveau là pour donner foi en l'avenir

Sans parvenir à rivaliser avec les ventes démentielles du hip-hop, le jazz est pourtant lui aussi revenu au premier plan. Comment ? En donnant vie à des œuvres monstres, à la fois référencées, parfaitement ancrées dans le réel de l’époque et profondément libres.

Sans frontières. L’astuce avec les artistes hors du commun, c’est qu’ils exigent une descendance qui ne le soit pas, commune. Décédé début avril à l’âge de 89 ans, le pianiste Cecil Taylor peut au moins être fier de cela : après des décennies passées à torturer le jazz, à le soumettre aux expérimentations les plus libres et à sa vision moderne et rigoureuse, il laisse la note bleue entre les mains d’une nouvelle génération plus que jamais ouverte à l’inconnu, au mélange des cultures.

« Depuis quelques années, jazz n’est plus un gros mot, s’enthousiasmait le producteur Gilles Peterson à Libération il y a peu. Je peux de nouveau le citer à la radio sans perdre 40% de mes auditeurs. Quand Kendrick Lamar se revendique du jazz, quand Solange collabore avec le Sun Ra Arkestra, ou quand Four Tet place "De I Comahlee Ah" de Jackie McLean et Michael Carvin dans un mix, l’impact est énorme. »

Nouveau souffle. Du jazz de Cecil Taylor, à la fois free, volcanique et révolutionnaire, Kamasi Washington, Shabaka Hutchings, Soweto Kinch, Met Yourself Down, Sly5thAve ou encore Nubya Garcia ont surtout retenu la folie créative, son goût pour la mise en danger et son incapacité à se sédentariser - on parle quand même ici de musiciens venant de divers horizons (la Scandinavie, l’Amérique, la France, voire l’île de Bahreïn dans le cas de l’excellente Yazz Ahmed), qui s'approprient avec talent les synthétiseurs, la culture skate et les rythmiques pop, et qui touchent un nouveau public (plus jeune) en collaborant avec différents artistes estampillés hip-hop/r'n'b (Kendrick Lamar, Solange, Flying Lotus...).

England calling. En Angleterre, ce nouveau souffle jazz se fait encore plus ressentir. Et est notamment perceptible à l’écoute des différents disques et des différentes formations de Shabaka Hutchings (Sons Of Kemet, Shabaka & The Ancestors et The Comet Is Coming), saxophoniste imprévisible et ultra-productif aujourd’hui signé chez le mythique label Impulse!. Mais aussi en se plongeant dans la compilation « We Out Here », sortie il y a quelques semaines sur Brownswood Recordings, le label de Gilles Peterson. L'occasion de poser une oreille sur une nouvelle génération de jazzmen qui se connaît, se côtoie et semble prête à faire évoluer ensemble un genre qui a trop longtemps été relégué au second plan par la presse spécialisée.

La voie à suivre. D’ici l’été, la tendance devrait encore s’accentuer avec la sortie du double album de Kamasi Washington (« Heaven And Earth », à paraître le 22 juin). Soit un condensé de seize titres absolument monstrueux, capables de s’approprier avec liberté le thème de La fureur de vaincre, un grand classique des films de kung-fu, comme d’emprunter confusément ses références aux musiques les plus modernes ou à d'anciennes civilisations africaines. Ça pourrait être trop réfléchi, c’est au contraire bouleversant. Et ne représente finalement qu’un versant d’un jazz qui, de BadBadNotGood à Kneebody, ne demande qu'à faire entendre sa diversité et sa richesse. L’écouter est la politesse que nous lui devons.

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