Dis papa, c'est quoi le métier d'un digger ?

Proche de Born Bad Records, collaborateur du label Heavenly Sweetness, big boss de Digger's Digest, Julien Achard est surtout un digger. Traduction : un dénicheur de pépites musicales. Et qui a pris le temps de nous expliquer les coulisses de son métier.

C’est quoi ta définition du digging ?

Le truc, c’est que l’on ne digge plus de la même façon aujourd’hui qu’il y a quinze ans. À l’époque, j’allais dans les brocantes, j’achetais des tas de bacs à vinyles et tout cela se faisait de façon confidentielle. Après tout, digger n’a rien de récent : dans les années 1970, des disques de rock psyché étaient déjà recherchés et vendus très chers. Aujourd’hui, c’est devenu un marché, avec ses niches et ses tendances. Des disques que personne n’écoutaient il y a quinze ans peuvent maintenant valoir au moins 150 euros. Sans compter l’arrivée de Discogs, qui a vachement popularisé l’activité et poussé de plus en plus de gens à chiner.

« Je passais des heures à la FNAC et à la médiathèque à lire les pochettes de disques pour découvrir le nom des titres samplés. »

Comment on se lance en tant que digger ?

Il faut être collectionneur à la base, et aimer la musique bien sûr. Moi, depuis gamin, j’achète des tas de disques, je collectionne des cassettes, etc. Au lycée, je me souviens d’ailleurs avoir vendu quelques exemplaires des albums de N.W.A. à des potes du lycée. Tout ça pour dire que je passais des heures à la FNAC et à la médiathèque à lire les pochettes de disques pour découvrir le nom des titres samplés et que j’ai fini par avoir une belle collection de vinyles chez moi. À partir de 2003, j’ai également commencé à aller en brocante. Le seul problème, c’est que je ne me levais pas assez tôt, je me faisais donc piquer les meilleurs disques. Après ça, je me levais à 5h50 le samedi et le dimanche et j’allais chercher des disques afin de les valoriser par la suite.

La plupart des disques que tu vends sur ton site Digger’s Digest sont relativement chers. Est-ce que tu n’as pas l’impression de faire partie d’une culture élitiste où les disques ne sont disponibles qu’aux plus riches ?

On me fait souvent ce reproche, mais j’estime apporter une valeur ajoutée avec mon site et les textes qui accompagnent chaque disque. De plus, il faut bien se rendre compte que je partage beaucoup plus de musiques que je n’en vends. C’est ça la base de mon activité. Après, c’est normal qu’un disque coûte cher quand il est rare, qu’il n’a jamais été réédité et que des gens comme moi passent énormément de temps à les chercher. Même si les prix, je suis d’accord, sont parfois excessifs et varient selon les tendances. Là, par exemple, j’avais quelques titres de zouk que je gardais de côté depuis une dizaine d’années. Ils étaient rares, mais ne valaient pas grand-chose. Le fait qu’ils figurent aujourd’hui sur les deux volumes de ma compilation « Digital Zandoli » et que d’autres labels se mettent à rééditer les musiques antillaises, ça a décuplé le prix de ces disques. Au final, heureusement que l’on est là pour rééditer ces musiques et leur permettre de ne pas tomber dans l’élitisme.

« Découvrir le travail d’un musicien et lui permettre de publier ses nouveaux enregistrements, c’est le rêve de tout digger. »

J’imagine que tu as dû faire de belles trouvailles depuis que tu as commencé. Laquelle te rend le plus fier ?

Je dirais Edmony Krater. En 2006, je le contacte pour savoir s’il lui reste des copies de son album (« Tijan Pou Velo »), que je venais de trouver dans une brocante à Issy-les-Moulineaux. Il est d’abord surpris, puis me dit que d’autres personnes l’ont également contacté. Je lui dis qu’il doit me faire confiance, que je peux faire rééditer son album sur Heavenly Sweetness et ça a marché. Le plus beau là-dedans, c’est que le label s’apprête à sortir son nouvel album. C’est un peu mon Sixto Rodriguez personnel, le rêve de tout digger : celui de découvrir le travail d’un mec, d’entrer en contact avec et de lui permettre de publier ses nouveaux enregistrements.

Quelle est la meilleure ville actuellement pour digger ?

Il y en a tellement : Paris, Bruxelles, Amsterdam ou même Genève, toutes les grandes métropoles en gros. Enfin, sauf Londres, il y a trop de spécialistes là-bas, ça devient compliqué de trouver une perle rare. En plus, on produit dix fois plus d’albums que par le passé, ce qui complique encore un peu plus le travail.

Tes compilations « Digital Zandoli » font partie de ces projets qui mettent en lumière les musiques créoles. Il y a une vraie tendance, non ?

Sans doute, mais ça n’a pas été le cas pendant longtemps. Je vais te donner un exemple : en 2003, on va chez un ami de ma copine antillaise où je découvre pour la première fois les morceaux des Vikings de la Guadeloupe. Illico, je me suis dit qu’il fallait écouter tout ce qui venait des Antilles. Quelques années plus tard, en 2006, aux côtés de Mr. Flash, je tente de proposer un projet de réédition mais les labels me disent que ça ne marchera pas, qu’il n’y a pas de marché… J’ai continué de collectionner, les mecs de la house se sont peu à peu intéressés à ces musiques et mes compilations ont vu le jour. C’est un des derniers territoires français non explorés, mais il fallait attendre que les gens soient prêts à écouter.

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